Déjà, d’après ce livre, j’ai dit au commencement de ce présent volume, le miracle de Pitt ; comment, trouvant la Couronne au plus bas, il la relève, change tout à coup le Parlement, et donne au roi un monde, l’administration des Indes.

Ce don est fait par un tout jeune homme, ministre, dix-sept ans, et dont le ministère, interrompu trois ans, reprendra sous d’autres après lui. Le roi dominé par sa rancune contre l’Amérique et la France, partagea très longtemps l’entrain haineux de Pitt dans la grande lutte, voyant, malgré tant de dépenses, le crédit qui montait et le monde empressé à prêter son argent à l’Angleterre. Mais l’essor des manufactures, puis les revers de 97, changèrent fort ce courant d’argent et refroidirent le roi. Georges crut de plus en plus ses serviteurs intimes, surtout son médecin, et quelques évêques, l’archevêque de Cantorbéry, fort ennemi des projets de Pitt.

Ce médecin, Addington, avait été camarade, ami d’enfance de Pitt, qui, pour flatter le roi, l’avait fait président de la Chambre des Communes.

L’influence de cet homme doux, qui ne tourmentait jamais le roi d’affaires publiques, dut augmenter, surtout dans les jours de terreur, lorsque le peuple en fureur mit en pièces le carrosse royal, ou bien dans cette nuit terrible où la flotte se révolta et où la Tamise parut en feu. Bref, le roi, voyant Pitt malheureux à la guerre et maudit par la foule, se tourna entièrement vers son cher conseiller Addington.

Ceci en 97-98. En 99, l’humiliation de la Hollande, la capitulation du duc d’York et de son armée, poussa au comble le mécontentement du roi contre Pitt, qui lui parut aussi inhabile qu’odieux.

Mais Georges aurait-il le courage de s’affranchir ? Ce n’était pas probable, et son timide médecin n’y eût suffi. Il y fallait Dieu même ! et les craintes du roi pour l’Église établie. L’archevêque de Cantorbéry vint lui dévoiler le plan de Pitt, qui voulait mettre d’abord les catholiques d’Irlande dans le Parlement d’Angleterre pour leur ouvrir ensuite tous les emplois.

Le fait est que Pitt employait dans les affaires de l’Angleterre, de l’Inde, force Irlandais, des Castlereagh, des Canning, des Wellesley, etc. Lui, un parfait Anglais, il n’en jugeait pas moins avec sagacité que le bon sens de sa race gagnerait fort en certains cas à être aidé du brillant génie de l’Irlande. Ainsi lord Chatham avait appelé, armé, à grand profit, les Écossais, qui, plus tard, étaient devenus, par Watt et autres inventeurs, comme le bras industriel de l’Angleterre. Son bras militaire maintenant, on le voyait dans l’Inde, c’était surtout les Irlandais.

Ces grandes vues étaient trop au-dessus du roi ; elles ne firent qu’exalter son bigotisme protestant.

L’Angleterre haletait après la paix. L’impôt sur le revenu faisait saigner le cœur des riches, et la grande industrie, qui naissait, appelait à elle (à tout prix) les capitaux.

Ainsi la paix s’imposait d’elle-même. Ce qui pouvait retarder les meneurs, c’est que, le roi étant un bigot protestant, ennemi des catholiques, on ne pouvait lui laisser voir les relations qu’on avait sous main avec les émigrés et autres catholiques français.