Ces retards servaient fort Hastings. Tous ceux qui arrivaient de l’Inde, gras des places qu’il avait données, ne manquaient pas de chanter ses louanges. La comédie d’un tel concert était si fade qu’Hastings s’en ennuyait lui-même, se plaignait des lenteurs (qu’on faisait dans son intérêt).

On avait refusé d’entendre l’homme qui savait le mieux les choses, les eût trop éclaircies, Francis (Junius). Et en même temps on refusait à Burke les pièces qui lui étaient nécessaires. De sorte que, le tenant désarmé de preuves, on lui reprochait de ne pas prouver. Les choses en vinrent au point que les accusateurs peu à peu se trouvèrent accusés. L’indignation mettant Burke en fureur le rendait odieux, insupportable à la grande assemblée. Son éloquence irlandaise qui aurait agi aux Communes, était odieuse aux Pairs, si bien que l’archevêque d’York lui reprocha d’avoir soif de sang, et l’appela Marat.

Il trouvait qu’en traînant le procès sept années seulement, on avait imité la promptitude meurtrière de nos Terroristes. « Dans une affaire capitale, disait-on, il vaut mieux aller lentement. »

Le 6 mai 94, après ce beau procès, les débats furent clos et Hastings reluisit dans toute sa pureté d’innocence.

Pitt s’était réservé. Il s’attachait en tout à la morale. On avait remarqué que, dans les jours scabreux où sa politique l’entraînait, il quittait sa place de ministre et allait humblement s’asseoir près du grand philanthrope si respecté, l’excellent Wilberforce.

L’Angleterre était calme alors, heureuse de ses agrandissements lointains et de sa fixité intérieure. Elle croyait toujours que la Couronne était la pierre de l’angle de ce bel édifice. La maison de Hanovre, par sa médiocrité même, lui plaisait. Quand Georges devint fou, tous s’y intéressèrent et se mirent en prières. Il revint, il reprit ce qu’en appelait son bon sens. Ce fut une joie, une fête universelle.

Tout cela répondait si peu au portrait fantaisiste que Montesquieu et autres avaient tracé de l’Angleterre, que les nôtres la croyaient en captivité et fort impatiente de sa délivrance. Hoche, Monge et Bonaparte disaient : « Délivrons l’Angleterre ! »

Avant eux, Brissot, qui y avait vécu longtemps et devait la connaître, ne doutait pas de sa ruine. A la fin de chacun de ses discours, il parlait du naufrage de l’Angleterre, et disait : « Voilà pourquoi l’Angleterre s’est perdue ! »

« Perdue ? lui dit quelqu’un, mais sous quel degré de latitude ? »

CHAPITRE V
GUERRE AVEC LA FRANCE.