[14] Voy. l’ouvrage de Cornewall Lewis, Histoire gouvernementale d’Angleterre, jusqu’en 1830.

Aussi, quand Fox et autres amis de l’humanité, voulaient qu’on essayât de sauver la tête de Louis XVI, Pitt dit : « Pourquoi nous compromettre en vain ? » Il croyait, non sans vraisemblance, que la généreuse Angleterre prendrait violemment le parti du roi de France qui naguère l’avait humiliée, qu’elle serait sensible et humaine, suivrait tout entière la voix de Burke et son appel à la pitié, à la vengeance. C’est-à-dire que l’Irlandais Burke aiderait lui-même à la dictature absolue de Pitt.

La France était tellement dans l’illusion et dans le rêve, qu’en faisant la guerre à l’Autriche, elle comptait sur l’amitié de l’Angleterre, son aînée dans la liberté. Elle y envoya un homme sûr, le patriote Talleyrand, et crut avidement ce qu’assurait son agent Maret (Bassano) : Que Pitt voulait la paix. Au reste, on croyait que l’Angleterre nous appelait. Monge, ministre de la marine, disait : « Allons délivrer l’Angleterre ! »

Elle était tout au contraire dans un accès de royalisme, au point qu’on put faire des pamphlets qui rappelaient ceux du temps de Jacques II. On s’y moquait des trois pouvoirs ; on disait que la Constitution n’est pas triple, mais une, et qu’elle se réduit au roi seul.

L’art ingénieux de M. de Bismarck fut celui de Pitt en 93 : il ne déclara pas la guerre, mais il se la fit déclarer.

Les encouragements donnés aux émigrés, la guerre à nos amis, aux neutres qui nous apportaient du blé dans la famine, aigrirent la France, lui firent franchir le pas. L’Angleterre condamna à mort ceux qui porteraient du blé en France. Et la Convention, par représailles, déclara l’Angleterre ennemie du genre humain.

Le genre humain ? il semblait contre nous. L’Angleterre paye et arme des Allemands, des Piémontais, fait des traités avec la Russie, l’Autriche et la Toscane, Naples, l’Espagne, le Portugal.

Avouons que, dans un tel moment, il fallut à notre ami Fox un grand courage pour défendre la France abandonnée et oser proposer la paix ! On en rit. Pitt, seul sérieux, répondit que, pour la paix, il fallait avant tout la destruction d’un monstre d’anarchie qui avait contre lui l’universalité du monde.

Mais voilà que ce monstre, la Révolution, loin d’avoir peur du monde, le menace elle-même. Les rêveurs girondins lancent la croisade révolutionnaire. La Montagne succède et lève un million de soldats, bat la Prusse et l’Autriche, prend Nice, la Savoie, le Rhin. — Wattignies et Fleurus, la retraite de Cobourg, l’inertie de la Prusse, qui empoche l’argent anglais et ne fait rien, tout cela montre au sage Pitt que ce fou de Burke avait raison quand il disait : « On ne viendra à bout de la France que par la France même, en offrant aux Français royalistes l’appât d’une Restauration. »