Pitt converti prend un ton doucereux. Il ne fait pas la guerre à la France, mais pour la France, la bonne France royaliste.

Seulement, dans l’affaire de Toulon perce la vérité. L’Angleterre veut Toulon, mais pour elle. L’idée de conquête et de démembrement lui est venue. Brest et Toulon lui suffiraient et les côtes de la Vendée. J’ai conté l’accueil admirable que Pitt fit à Puisaye, le grand machinateur breton et Vendéen, l’ingénieux magicien qui évoqua la source meurtrière de la fausse monnaie de papier. C’est le vrai sens des expéditions de Quiberon, Granville et l’île Dieu, qui furent proprement l’inondation de cette peste des faux assignats.

Cependant l’Angleterre, tout en nous blessant, se blessait. La cité de Londres elle-même, la Banque si fidèle à Pitt, gémissait, haletait ; elle était indignée de voir la Prusse empocher les subsides et se moquer de Pitt. On pressa pour la mer jusqu’à cent mille matelots. Opération meurtrière qui jeta l’Angleterre hors d’elle-même et de sa sagesse. On tira sur le roi et l’on mit sa voiture en pièces.

Pitt sentit le besoin de satisfaire un peu l’opinion, appela à lui quelques noms populaires, des seigneurs de l’ancien parti wigh. D’autre part, en faisant passer à l’Autriche de l’argent pour soutenir la guerre, on envoya à Paris un lord pour traiter de la paix, un homme conciliant, Malmesbury. Cet agent parti après notre malheur du 31 juillet[15] et la levée du siège de Mantoue, nous trouva déjà relevés par la double victoire de Castiglione. Ses propositions excitèrent le rire de Paris, l’Angleterre ne voulait traiter qu’autant que la France rendrait toutes ses conquêtes, l’Italie, la Hollande, les Pays-Bas, le Rhin. On nous aurait permis pour toute indemnité de prendre quelques colonies de nos alliés, la Hollande et l’Espagne, c’est-à-dire de nous brouiller à jamais avec ces deux puissances maritimes, au moment où leur amitié nous devenait si précieuse.

[15] La prise de Brescia et de sa garnison française.

Un piège si grossier, si peu ingénieux, ne pouvait qu’indigner. On fit dire à l’anglais de quitter Paris dans les vingt-quatre heures.

Ni Londres, ni Paris ne pouvaient s’y tromper. Pitt ne voulait pas la paix et faisait tristement la guerre, toujours par le même moyen qui échouait toujours, une profusion aveugle d’argent. Il en avait versé des torrents pour la Prusse, des torrents en Vendée, pour Quiberon, etc. Et maintenant des torrents en Autriche pour fournir constamment de la chair fraîche à Bonaparte, à cette épée terrible et altérée de sang.

En tout cela, dit fort bien M. de Maistre, Pitt fut très peu original, agit toujours par les mêmes moyens, sans nulle invention ni génie[16].

[16] Pitt, malgré son mérite parlementaire et ses divers talents paraît en tout ceci impuissant, médiocre. Rien d’inventif ni de profond. Sa haine intérieure et recuite l’éclaira beaucoup moins que la belle colère de Chatham, qui était une flamme. Notre ennemi, M. de Maistre, le juge fort sévèrement ; voyez sa lettre du 29 mars 1806.

CHAPITRE VI
LA MER. — L’IRLANDE. — LE GÉNÉRAL HOCHE.