CHAPITRE X
LES ROYALISTES APPELLENT LA VENDÉE A PARIS. LE DIRECTOIRE APPELLE HOCHE, LES ESCADRONS DE SAMBRE-ET-MEUSE.
Le Directoire, ouvrant les yeux, et regardant par le milieu fidèle de sa nouvelle police, avait vu ce que le précédent ministre Cochon se serait bien gardé de lui montrer.
Il avait cru n’avoir à craindre qu’une seconde édition de Vendémiaire, une révolte bourgeoise où les fils d’agioteurs, les commis de la Trésorerie, etc., viendraient escarmoucher aux marches de Saint-Roch, applaudis de leurs belles, des gracieux balcons de la rue Honoré.
Le nouveau ministre Sotin, mieux informé, enlevant les toits des maisons (comme dans le roman de le Sage), montra aux Directeurs surpris, un tableau d’intérieur qu’ils ne devinaient point, et leur dit tout d’un mot : « La Vendée est ici. »
Ce secret a été fort bien gardé des royalistes, si bien que, longtemps même après la victoire du parti, le sage Barbé-Marbois ne le dit pas. Et nous n’en saurions rien si de la Rue, qui avait plus de cœur, d’emportement que de cervelle, n’eût tenu à rendre justice aux zélés dont la tentative malheureuse fut déjouée en Fructidor. Ainsi, tandis qu’à lire le récit si bien calculé de Barbé-Marbois, on doit croire que le Directoire fut l’agresseur, on voit à plein par une simple note, que donne franchement de la Rue, on voit, dis-je, que le Directoire avait en face une armée inconnue, et d’autant plus insaisissable.
D’abord des jeunes gens de bonne mine étaient venus de l’Est, des centres de l’émigration, et ne se cachaient guère : le duc de Rivière et le très charmant Polignac, fils adoré de la tant adorée ! qui, douze années, régna sur la reine et la France.
Puis, venaient de l’Ouest, de grands propriétaires, les la Trémouille et autres retournés dans leurs fiefs. Gens bien venus partout, et qui, chez madame de Staël, écoutaient, se mêlaient à la société.
La Vendée, comme je l’ai dit ailleurs, s’était fort décrassée de ses héros barbares. La noble Vendée, par M. de Châtillon, avait accusé l’autre, celle des paysans et des prêtres, d’avoir fort indigné par ses excès. Stofflet, le garde-chasse, ne put avoir la croix de Saint-Louis.
Frotté, au Bocage normand, avait fait une autre Vendée, semi-féodale, flattant l’orgueil des bas Normands par son ordre, approuvé du roi. Les biographes disent que Frotté était alors à Édimbourg. Je n’en crois rien. Je pense avec de la Rue qu’il était à Paris au moins pour le moment, ne voulant pas manquer une telle occasion, d’un succès si certain, où tout le monde croyait aux récompenses.
Mais à part ces groupes et ces bandes, il y avait, si l’on peut dire, une Vendée égrenée, et fort libre, de toute arme, tout rang, des cavaliers démontés de Charette, des sangliers de Cadoudal qui, quittant la Chesnaye, marchant surtout la nuit, étaient arrivés ici sans fusil, mais avec de très bons pistolets de fabrique anglaise.