« Pour moi, dit la Réveillère, quoique tu aies appartenu à une faction qui m’a persécuté, moi et ma famille, t’ai-je jamais montré la moindre haine ? — Non, non, » répondit Carnot.

« Eh bien, comment peux-tu te détacher de nous, et te rattacher à une faction qui t’abuse, qui veut se servir de toi pour perdre la république et qui te déshonorera en te perdant ? »

Rewbell, Barras firent même violence à leur haine pour se rapprocher de lui.

Il resta froid et renouvela sèchement sa proposition de mettre en délibération la garde nationale.

Les directeurs levèrent la séance et restèrent convaincus qu’il les trahissait.

Le Directoire n’avait de force, à Paris, qu’une garde de deux cent cinquante cavaliers. Et l’Assemblée, outre sa garde de mille hommes, avait, ici, deux armées à son choix : la garde nationale, qu’elle organisait pour Pichegru, puis l’armée inconnue, ces bandes de Vendée, des verdets du Midi et des gens de l’émigration.

Barras prit un parti, et sans prévenir ses collègues, il écrivit à Hoche la situation du Directoire, qui se trouvait avoir en tête une Assemblée, et par-dessous, une armée de brigands. Ni force, ni argent, Bonaparte en a promis, n’envoie rien. Il favorise les adresses jacobines de l’armée, et, d’autre part, écrit à l’antijacobin Carnot qu’il est toujours avec lui. L’armée du Rhin, Moreau, se tait et garde un silence suspect. Le grand cœur de Hoche s’émeut. Et il envoie sa petite fortune. Puis, ce qu’il peut tirer de la caisse de l’armée. Puis, il monte à cheval et arrive à Paris, désirant montrer à ces braves leur vainqueur, l’homme de Quiberon.

La cavalerie de Sambre-et-Meuse, les escadrons invincibles de Richepanse le suivaient, ils franchirent même le cercle constitutionnel des douze lieues qu’on ne pouvait passer autour de la ville où était la représentation nationale.

Ce fut la tête de Méduse. L’assemblée d’abord épouvantée, s’irrite, se plaint au Directoire, qui dit que la chose n’a eu lieu que par erreur. Hoche, interrogé par Carnot avec sévérité, ne dit pas qui l’a appelé. Il ménage Barras et ne révèle rien, de peur de trop donner l’éveil aux royalistes.

Ceux-ci, insatiablement, revenaient là-dessus, voulaient mettre Hoche en jugement. Ce jeune homme, si fier et fort blessé du tour qu’on eût voulu donner à une affaire qui touchait l’honneur, la caisse de l’armée, tenait, disait-il, à être jugé.