Il laissait à Paris Augereau, dont il désirait peu le retour et craignait la langue indiscrète. Cet homme du pont d’Arcole faisait ici légende, et, de plus, né aux faubourgs, dont il avait le ton, il devait les charmer. Le Directoire donna à Augereau le commandement de la division militaire et celui de sa garde personnelle à Chérin, l’homme de Hoche. Dès lors les royalistes, jugeant qu’il n’y avait plus de temps à perdre, chargèrent le fougueux Vaublanc (contumace de Vendémiaire) de faire enfin le rapport sur la garde nationale.

Œuvre bien difficile. Il s’agissait de concilier les trois nuances royalistes, les furieux, émigrés, Vendéens, avec les hypocrites de Pichegru. Ajoutez les disputes sur les rangs et les places. En huit jours, on n’y parvint pas.

Sans doute, on tenait en arrière les Vendéens, qui eussent trop effrayé Paris[63]. On ne montrait que des gens plus habiles, Pichegru et Willot. Ces habiles furent des niais. Indécis, ne résolvant rien, ils firent de plus la faute de se tenir comme à la disposition de la police. Elle les trouva dans la même chambre, de sorte qu’on put les arrêter ensemble et, en même temps, les empêcher de donner aucun ordre.

[63] M. de Barante, si peu exact, ne sait pas ou ne veut pas dire ce qu’a dit franchement de la Rue trente ans plus tôt : « Que les Vendéens étaient à Paris. »

Pendant ce temps, Augereau, avec deux mille hommes, saisissait le Carrousel, et deux ou trois autres mille prenaient le jardin. La garde de l’Assemblée fraternisa avec eux. Tous les murs de Paris étaient tapissés de la trahison de Pichegru, de ses rapports avec Entraigues et les gens du prétendant. Les députés qui avaient nommé Pichegru président, et qui allaient lui donner la garde nationale, n’avaient, certes, pas à attendre que le peuple se mît pour eux.

Ils essayèrent de rentrer dans leur salle. En vain. La grande majorité des deux conseils alla à l’Odéon et à l’École de médecine, où l’appelait le Directoire, et le remercia d’avoir sauvé la chose publique.

La minorité qui, généralement, était ce nouveau tiers si mal élu, et qui (on pouvait le dire) avait criminellement usurpé la représentation nationale, fut d’abord enfermée au Temple dans la tour de Louis XVI, en attendant son jugement.

Nulle enquête sur ces émigrés, ces Vendéens, qui, rompant leur ban, les traités auxquels ils devaient la vie, étaient venus ici pour recommencer la guerre civile.

On offrit à Barthélemy un passe-port. Il n’en voulut pas, préféra Cayenne. Carnot se sauva avec peu de peine, resta plusieurs jours à Paris. Il crut qu’on voulait le tuer. « Pourquoi faire ? dit la Réveillère. Qu’est-ce que le Directoire y eût gagné ? Rien que l’exécration. »

Le Directoire avait une crainte singulière, celle de vaincre trop, ce qui aurait pu créer un dictateur.