Il suspectait Barras, l’attention avec laquelle il avait toujours cultivé les faubourgs. On ne permit à ceux-ci d’approcher que deux jours après le succès, où quelques hommes en vinrent, conduits par l’ex-général Rossignol et furent sur-le-champ renvoyés.

D’autre part, si la brillante cavalerie de Sambre-et-Meuse, qui était à deux pas, fût arrivée, elle aurait fort bien pu proclamer dictateur le général Hoche.

La Réveillère, par excès de prudence voulut n’opérer qu’avec peu de forces, n’avoir qu’une petite victoire, dont les ambitieux ne sauraient profiter. De la Rue montre très-bien qu’Augereau eut en tout cinq mille hommes, nombre minime pour s’emparer de Paris. Aussi, quand les royalistes virent le petit nombre des vainqueurs, ils allèrent s’offrir à Carnot réfugié chez un ami, lui dirent qu’avec lui, ils étaient prêts à tomber sur Augereau et le Directoire[64]. La témérité vendéenne paraît assez dans cette offre d’attaquer l’homme d’Arcole. Carnot fut sage. Ces furieux qui, certes, n’avaient rien oublié, lui parurent plus dangereux pour lui que le Directoire même, et il aima mieux échapper.

[64] Voy. Mémoires de Carnot.

Mais cette hésitation du Directoire, cette crainte de frapper trop, cette gaucherie d’allure qui, tout à la fois avançait, retirait la main, fut très fatale à l’acte même et lui ôta son grand effet à Paris.

Les deux conseils, ravis d’être débarrassés de leur tyran, le nouveau tiers, et d’autant plus irrités qu’ils avaient par faiblesse subi honteusement son ascendant, se montrèrent aussi sévères et plus que le Directoire. Ils ordonnèrent une mesure inouïe : Que quarante-sept départements referaient leurs élections, et que de nouveaux tribunaux arrêtant, punissant la Terreur royaliste, garantiraient pour tous la liberté.

La confiance de l’Assemblée pour les Directeurs était telle qu’on eût voulu les maintenir à leur poste dix ans. Ils répondirent par un Non magnanime, jurant qu’ils ne resteraient pas une heure en place au delà du terme fixé par la constitution.

Que ferait-on de ce coupable tiers qui avait usurpé la souveraineté nationale ? Sur les deux cent cinquante, on décida que cinquante seraient déportés, peine d’autant plus naturelle que les royalistes eux-mêmes venaient de l’infliger aux membres du Comité de salut public, qui (quels que fussent leurs actes) ont sauvé la France après tout. Quinze députés furent réellement déportés, et un seul journaliste. (Voy. Barbé-Marbois.)

La déportation était fort usitée depuis Choiseul, qui d’abord n’envoya que des colons, de très honnêtes gens. Peine fort inégale selon qu’on est pauvre ou riche (exemple, Barbé-Marbois, qui la subit assez doucement). Enfin, peine trompeuse. Pichegru, en deux ans revenu, continua ses trahisons, guida les Russes contre nous, comme il avait naguère guidé les Autrichiens.

Les jacobins, dont naguère on avait fusillé cinquante dans la plaine de Grenelle, avaient bien droit de s’étonner, de s’indigner que cette abolition philanthropique de la peine de mort commençât par les royalistes.