La Réveillère s’y opposait, il offrit à Bonaparte sa démission. En vain.

Lui-même avait créé une telle puissance qu’elle l’entraînait. Après avoir reculé pour l’Angleterre, aurait-il pu reculer pour l’Égypte ?

CHAPITRE IV
CONQUÊTE DE L’ÉGYPTE. — DÉSASTRE DE LA FLOTTE. — EFFORTS DES FRANÇAIS POUR RÉVEILLER L’ÉGYPTE PRIMITIVE.

Bonaparte, en 96, avait dit de l’Italie : « Il faut y faire la guerre de bonne heure, non point en été. »

Et, en 97, il allait engager l’armée par la chaude saison dans ce terrible four, l’Égypte !

Quelle armée ! non pas seulement l’armée d’Italie, un peu faite sans doute à la chaleur, mais une armée composée en partie des divisions du Rhin, comme celles de Kléber et de Desaix, divisions nullement acclimatées et qui venaient du Nord.

Ni les Anglais, ni les Français sensés ne pouvaient croire qu’en cette saison, il pensât à l’Égypte, d’autant plus que l’inondation qui allait venir rend impossibles pendant quelque temps les mouvements militaires.

Kléber était convaincu que l’armée allait en Angleterre. Et c’est pour cela qu’il consentait à suivre Bonaparte ; il lui dit : « Si vous voulez jeter un brûlot dans la Tamise, mettez-y Kléber. Vous verrez ce qu’il sait faire. »

De même, les Anglais songeaient si peu à l’Égypte que, sauf le blocus de Cadix qu’ils faisaient, ils laissèrent toutes leurs grandes forces dans la Manche. Pour observer, pourtant, Nelson et trois vaisseaux furent mis entre la Provence et l’Espagne, où la tempête les avaria fort. De sorte que la mer, absolument déserte, donna libre carrière au départ de l’expédition.

Trente-six mille soldats, six mille matelots étaient sous les armes sans rien savoir de leur destination, sinon qu’ils étaient « l’aile gauche de l’armée d’Angleterre. »