« Eh bien, dit Bonaparte, j’irai compter avec l’Espagne. On peut tout avec cinq cent mille hommes. » — On peut tuer la poule aux œufs d’or.
Après ce grand combat, qui reste debout ? Le capital, qui vaincra à la longue. Mobile, et ne pouvant être atteint, par cela même il est une forme de la liberté.
L’attitude d’Ouvrard, après sa débâcle, me semble magnifique, celle du sage d’Épictète.
Il se laissa enfermer à Sainte-Pélagie, qui fut son Louvre, où tout lui obéit.
Il se vengea en donnant à Bonaparte, partant pour sa grande folie de Moscou, un très sage conseil dont il ne sut pas profiter[78].
[78] Ce qui prouve que Ouvrard était un homme vraiment supérieur, c’est qu’il avait deviné (sans doute d’après la forme des embarcations hollandaises, faites pour aller dans les eaux basses) que la Baltique, pleine de bas-fonds, le long des côtes d’Allemagne, ne permet qu’aux barques d’y circuler sans crainte des grands vaisseaux qui ne pourraient les y suivre sans risque d’échouer.
En 1811 Ouvrard écrivit à Bonaparte que sa grande armée de Russie mourrait de faim et de misère, s’il ne faisait filer des vivres, et des secours de toute espèce, au moyen des barques qui pourraient arriver aux fleuves et les remonter. (Voy. Mémoires d’Ouvrard, t. I.)
CHAPITRE IX
IÉNA
Napoléon, suivant d’abord la politique de Sieyès et du Directoire, avait cru la Prusse une alliée sûre, l’avait agrandie, enrichie étourdiment des dépouilles de l’Allemagne. Il avait cru que cet État, si peu aimé des Allemands, les contiendrait, lui répondrait de ceux du Nord.
Puis, quand il vit la Prusse tergiverser, il l’accusa de perfidie. A tort. Si, en réalité, elle était double, elle l’était bien moins de politique que d’incertitude entre les deux partis du roi, et de la reine, qui la faisaient agir en des sens différents.