Celui du roi, qui avec son ministre Haugwitz, avait longtemps suivi la France, et docilement avait subi ses dons, son amitié dominatrice.
L’autre parti était celui de la reine, de la jeune cour. Parti encouragé par la Russie et l’Angleterre. La reine, belle et audacieuse, entreprenante, rêvait d’être un grand homme, une Marie-Thérèse, une Catherine de Russie, ou comme la mère d’Alexandre si puissante sous son fils. Les Allemandes, en ce siècle, affectaient les rôles virils, montaient à cheval, passaient la revue des troupes. Et celle-ci posait, adorée comme la blonde Germania, l’idéal de la patrie allemande.
L’originalité de la situation, c’est que ce parti qui devint à la longue le parti patriote, ne soutenait alors que les vieilles idées.
Au contraire, le ministre tant détesté, Haugwitz, avec le roi, très honnête homme, penchait pour les idées nouvelles contre les rétrogrades Allemands. La sécularisation des évêchés du Rhin, la suppression de tant de justices féodales, se firent sous lui. La bonté du roi s’étendit jusqu’aux Polonais. Il élargit leurs prisonniers, et même leur témoigna sa bienveillance en prenant l’uniforme polonais pour recevoir Dombrowski, le célèbre général, et surtout en permettant le mariage d’une princesse de son sang avec le prince Radziwill, réfugié à Berlin.
Sous ces rapports, le roi et son ministre Haugwitz représentaient le parti libéral. La guerre de la France à l’Autriche, l’abaissement de celle-ci parut à bien des gens la mort du moyen âge.
Telle fut l’opinion du célèbre Jean de Müller, le grand historien suisse. La guerre d’Austerlitz dut lui apparaître comme la glorieuse continuation des anciennes victoires de son pays sur les Autrichiens. Si savant dans le moyen âge, dont il connaissait tant les mœurs, il s’applaudit (disait-il) « de voir que tout ce qui était vieux, rouillé, insoutenable, pérît, et pérît par la France ».
Jean de Müller n’était pas traître, comme disaient les Allemands. Et d’abord il n’était pas Allemand, mais Suisse. Et, comme le roi de Prusse, il clignotait, ne voyait pas bien clair dans un temps si obscur.
Le roi eût voulu pouvoir fermer l’Allemagne aux deux partis. Mais la reine comptant toujours sur Alexandre et son serment, poussa son mari en avant et le mit en danger, sans réfléchir que peut-être Alexandre arriverait trop tard.
Le roi était perdu s’il n’eût cédé à Bonaparte. Il lui fallut, sous peine de guerre immédiate, accepter le Hanovre, au risque d’irriter les Anglais.
On croit que le ministre prussien à qui Napoléon ingérait cette médecine se flattait sourdement d’en avaler une autre, plus agréable. Il espérait Hambourg, les villes hanséatiques, cette belle fenêtre sur les fleuves et la mer, que le tyran le forcerait d’accepter.