Vain leurre. Napoléon n’en était plus à se fier à la Prusse, non seulement il avait mis un de ses frères en Hollande, mais entre les Pays-Bas et l’Allemagne, il avait posté Murat et son duché de Berg, un petit État militaire qui semblait une avant-garde de la grande armée, et qui, en effet, sur le territoire allemand, s’assura de maintes places fortes.
Ce n’est pas tout. La Prusse avait aussi espéré que, s’il démembrait l’empire, en séparant l’Allemagne occidentale, il la mettrait sous le patronage de la Prusse. Pour le démembrement, il eut lieu en effet, mais non à son profit. La Confédération du Rhin qui, outre le Wurtemberg, Hesse, Nassau, Berg, etc. comprenait de plus le grand royaume méridional, la Bavière, ne pouvait guère être mise sous la direction d’une puissance si contraire aux Bavarois. Napoléon lui-même se fit chef de la Confédération (juillet 1806), et se montra peu favorable à une fédération des États du Nord, que la Prusse essayait de former à part. Ses variations lui faisaient toujours douter si elle serait amie ou ennemie.
Napoléon, à cette époque, se félicitait à tort d’un événement. Pitt venait de mourir. Austerlitz et le chagrin, dit-on, l’enlevèrent à quarante-neuf ans. Bonaparte, qui connaissait mal l’Angleterre, ne savait pas qu’en elle il avait un Pitt éternel.
Elle dépensait beaucoup d’argent, peu d’hommes. De sorte que la guerre, toute ruineuse et irritante qu’elle fût, la lassait peu, l’effrayait peu. A la mort de Pitt, on essaya de le remplacer en créant un ministère mixte qui eut en tête le grand orateur Fox, nom glorieux, faible direction. Fox malade était près de sa fin.
Bonaparte imaginait, d’après les bons rapports qu’ils avaient eus à Paris, que Fox faiblirait pour lui. Mais à tout ce qu’il proposait, offrait, le ministre faisait même réponse : « L’Angleterre ne peut traiter que de concert avec la Russie. »
Bonaparte, trop finement, imagina que, sous cette obstination, il y avait une chose que l’on ne disait pas : « l’affaire du Hanovre, donné à la Prusse ». Il crut que Fox, en traitant, craignait de mécontenter le roi, toujours épris de son duché. — « Qu’à cela ne tienne, dit-il, nous l’ôterons à la Prusse, le rendrons au roi d’Angleterre. »
Cela dit tout bas ; mais dans un pays de publicité, tout transpire, tout est su. Au parlement, le parti contraire à la paix ne manqua de révéler la chose et de la répandre à grand bruit.
Ce fut un tonnerre dans l’Europe. Bonaparte voulait pourtant si, pour la paix du monde, il ôtait le Hanovre à la Prusse, l’indemniser ailleurs. Mais ce don, naguère tant refusé, et infligé de force, maintenant était cher à la Prusse, et elle y attachait l’orgueil national.
Elle fit ressortir la sauvage autocratie que Bonaparte s’arrogeait sur l’Europe, prenant dans ses combinaisons nouvelles les indemnités nécessaires chez des puissances amies.
Rien n’aboutit. L’Angleterre refusa le Hanovre, heureuse d’avoir créé à la France, dans la Prusse, un ennemi éternel. Et la Prusse, qui n’avait d’abord pris le Hanovre que malgré elle, n’en fut pas moins trahie, délaissée des Anglais.