[82] Mém. de Rapp, p. 71.
Il voulut faire une entrée en règle à Berlin, ce qu’il n’avait pas fait à Vienne.
A Potsdam, il visita avec respect l’appartement du grand Frédéric, et vit qu’en sa dernière lecture, il s’était arrêté sur le livre de Montesquieu : Grandeur et décadence des Romains.
Ce qui le frappa fort et dut l’irriter, ce fut de voir que la reine de Prusse, au moment d’Iéna, lisait les Mémoires de Dumouriez, ses plans d’invasion de la France.
Il descendit au caveau de Frédéric. Sur le tombeau était toujours son épée. Il la prit, dit : « Ceci est à moi. »
Ainsi, des deux côtés, la haine fut mêlée à la guerre, et la victoire avait l’air d’une vengeance. Toutefois, l’armée victorieuse ne fut point logée dans Berlin. La garde impériale eut seule cet honneur, et peut-être même seulement les officiers de la garde.
Un d’eux se trouva par hasard adressé à une maison française de nos anciens réfugiés. Il eut l’agréable surprise d’y être reçu par deux demoiselles parlant très bien le français, mais peut-être trop bien, dans une sévère correction. Il crut plaire et obtenir grâce en disant qu’il remerciait le sort qui justement l’avait adressé à une famille française. « Française ? non, dirent-elles sèchement, mais Prussienne… Nous sommes, nous restons Prussiennes. »
Cet officier lui-même m’a conté la chose, avec douceur, et sans rancune.
CHAPITRE X
LE DÉCRET DE BERLIN. — SERVITUDE DU CONTINENT
Les grands projets du consulat, qui prétendait, avec l’empereur Paul, défendre la liberté des mers, furent cruellement retournés par Napoléon ; pour arriver à ce but, il n’imagina d’autre moyen qu’une servitude de la terre, très vexatoire, et mit tout le monde contre lui.