Par représailles, Bonaparte s’empara des deux villes qu’il considérait, non sans cause, comme villes anglaises : Lisbonne et Rome.
Lisbonne et le Portugal depuis 1701 étaient un entrepôt du commerce des Anglais, et Rome un des grands centres de leur diplomatie européenne.
Au mois de janvier 1808, Napoléon écrit : « Si les Français qui entrent à Rome, s’entendent tout doucement avec les Romains, la papauté aura cessé d’exister sans qu’on s’en aperçoive. »
Mais n’était-il pas vraisemblable que les nations fortement catholiques, l’Espagne, le Portugal prendraient parti.
Malgré les ménagements de l’empereur, l’occupation de Rome retentit à grand bruit. La nuit même on cassa les Madones en disant que c’était l’œuvre des Français. Le pape annonça à tous les ministres qui étaient à Rome, ce qu’il appelait sa captivité, disant : « Je suis comme prisonnier. » Bientôt, en effet, le temporel lui sera enlevé, les États romains formeront deux départements de la France ; Pie VII sera interné, et le vrai pape sera l’empereur.
CHAPITRE II
LA TRAHISON D’ESPAGNE (1808)
Il faut le redire, le procédé invariable de Napoléon fut la surprise. On l’a remarqué pour la politique. Et dans son art propre, la guerre, il se répéta constamment sous ce rapport. Des écrivains militaires, le colonel Lecomte (de Lausanne), et autres, l’ont remarqué dans leurs ouvrages fort utiles à consulter.
D’où vint cette tendance ? Était-ce le sang corse, la prédisposition de cette race, ou l’exemple des fameux condottieri Italiens qu’il avait certainement étudiés, dans sa jeunesse avec l’histoire de Gênes ?
Quoiqu’il en soit, Napoléon se répéta, avec une uniformité intolérable. Après la surprise de Lisbonne (novembre 1807), vint celle de Rome (mars, avril), enfin celle d’Espagne (avril-mai 1808).
Quelque habitués que les nôtres fussent à l’obéissance militaire, Lannes trouva ignoble l’affaire du Portugal, et sut s’en dispenser. Junot qu’on en chargea, n’arriva juste à temps que pour avoir l’aspect ridicule du chien qui happe l’air, lorsque le lièvre échappe. Il tira le canon sur la flotte déjà loin qui portait au Brésil tous les trésors et toute l’élite du pays. Cela fit une légende. On mit devant l’Europe le tableau héroïque d’un peuple qui préférait à tout la liberté, qui pour fuir le tyran, laissait là ses tombeaux, ses temples, tous ses souvenirs.