L’avis de Palafox était que si Ferdinand restait prisonnier, il faudrait appeler à la couronne le grand général de l’Autriche, l’archiduc Charles qui était un peu parent de la maison d’Espagne. Ce prince, depuis 1806, travaillait à reconstituer l’armée autrichienne. L’appeler, c’était associer contre Napoléon les résistances allemande et espagnole.
CHAPITRE III
LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI 1808)
Ce fut Napoléon même qui libéra l’Espagne, donna le signal à son affranchissement par le soulèvement et le massacre de Madrid.
Il a dit et souvent répété dans ses lettres que pour fonder une domination nouvelle, il n’y avait rien de meilleur qu’une émeute fortement réprimée. Le 13 vendémiaire, la révolte du Caire l’avaient ancré dans cette opinion.
Le départ de deux princes de la maison royale qui étaient restés fut l’occasion du soulèvement de Madrid. Mais, même sans cette cause, il eût pu avoir lieu. Outre l’irritation, la surprise de l’étonnante perfidie de Napoléon, le peuple de Madrid devait regarder comme la dernière insulte qu’on lui eût donné pour chef un baladin. Tel paraissait Murat avec tous ses costumes de fantaisie ; ses habits rose ou vert-pomme, ses riches fourrures en plein été, tout en lui paraissait absurde. Alexandre avait été choqué de voir près de l’empereur ce comédien. Au milieu du peuple espagnol, toujours en noir, cela paraissait davantage. Ajoutez la variété singulière des costumes de son escorte, des lanciers, des mameluks, figures étranges, et si nouvelles dans les rues de Madrid.
Au moment où les princes espagnols quittaient le palais malgré eux, l’un d’eux pleura, refusa de partir. Cela émut le peuple amassé sur la place ; il faillit tuer un aide de camp qui pressait le départ. On s’attendait à cette explosion. Murat avait pris ses mesures, il disposait d’une armée. La petite garnison espagnole ne parut pas, sauf une compagnie d’artillerie, dont les officiers se firent tuer. Cependant la cavalerie, les lanciers, les mameluks poursuivaient les fuyards jusque dans leurs maisons. 800 Espagnols, 400 Français, tel paraît avoir été le chiffre des morts.
Le pis, c’est que Murat après avoir accordé amnistie à ceux qui rentreraient chez eux, s’en repentit le lendemain, crut que la chose était insuffisante, et fit prendre et fusiller encore une centaine de ceux qui s’étaient retirés paisiblement.
Murat, de sa nature, n’était pas sanguinaire. Mais ce trône d’Espagne, qu’il croyait toucher de la main, le changea, l’endurcit, et, comme le dit très bien M. Lanfrey, « il se montra là vraiment Roi ».
Le jour même de ces fusillades, Napoléon lui mandait de Bayonne : « Qu’il ne serait point roi d’Espagne, mais Joseph. »
N’importe. Ses exécutions furent fort appréciées de Napoléon, qui écrivait : « Le plus gros de la besogne est fait. La leçon de Madrid va décider les choses, tout sera bientôt terminé. »