Cet acte, peu attendu au milieu de si grands événements militaires, frappa l’Europe d’étonnement, pétrifia le monde catholique, et fut comme la préface de la bataille où l’Autriche allait recevoir un si terrible coup. On jugea que rien n’échappait aux regards de cet aigle, qui, de Schœnbrun, avait si bien vu l’Italie, et si rapidement avait tranché le nœud que tant de siècles n’avaient pu dénouer.

Tout au contraire, la cour d’Autriche n’était qu’indécision, lenteur, sottise. Bien loin de reconnaître l’habileté et l’héroïsme que le prince Charles venait de montrer à Essling, la cabale opposée et ses frères même travaillaient contre lui, lui suscitaient de telles difficultés dans son état-major que plusieurs fois il voulut donner sa démission.

L’archiduc Jean, qui n’avait pas été heureux en Italie, était jaloux, prétendait que, suivi, surveillé par l’armée d’Eugène, il ne pouvait arriver, selon les conventions, avant la grande bataille décisive.

Charles eut beau l’appeler. Jean manqua à Wagram et les cinquante mille hommes qu’il venait de recruter en Hongrie.

Enfin, le 5 juillet, Napoléon avait complété ses immenses préparatifs, avait fortifié Lobau, complété ses ponts, ses redoutes, mis sous sa main Eugène, Davout et Bernadotte. Il avait cent cinquante mille hommes, Charles, cent soixante-quinze mille.

Un orage épouvantable eut lieu la nuit. N’importe, toute l’armée passa les ponts. Le jour, il fit une chaleur étouffante, doublée par la moisson mûre, les épis jaunissants, couchés par terre. Les Autrichiens, les Hongrois, mouraient de soif, n’ayant point d’eau de leur côté, et regardaient toujours si l’archiduc Jean leur amenait ses cinquante mille hommes.

Cependant l’armée française, jeune en grande partie, au commencement prit une panique, que Macdonald et Oudinot arrêtèrent difficilement.

La nouvelle, déjà partie du champ de bataille, alla se répandre dans le Nord, et Berlin en trépigna de joie.

L’artillerie française rétablit la bataille, en luttant de vitesse et de mobilité avec la cavalerie. L’artillerie de la garde fit merveille, et les grosses pièces, laissées dans l’île Lobau, mais couvrant de leurs boulets l’autre rivage, arrêtèrent court les Autrichiens qui venaient de sabrer, détruire entièrement les quatre divisions de Masséna. Celui-ci, dans ce grand massacre, portant le poids de la bataille, faillit périr comme Lannes.

Les anciens, dans de grands dangers, faisaient des sacrifices humains à la Mort où à Mars (Marti, Morti). On peut dire que, dans cette crise, Napoléon se racheta en immolant les deux âmes de l’armée, son grand soldat Lannes, son grand général Masséna.