Davout et Oudinot le rendirent maître du plateau de Wagram, mais ils ne purent empêcher que vingt-deux mille Français y périssent et autant d’Autrichiens. Mais les autres, si jeunes, et étonnés de leur victoire, se jetèrent, après la bataille, sur les provisions du camp de l’archiduc, et s’enivrèrent tellement pendant trois jours que si l’ennemi était revenu, il les eût hachés à plaisir. (6 juillet 1809.)
Le traité de Vienne (14 oct.) enleva à l’Autriche la Bavière, la Saxe, le grand duché de Varsovie.
CHAPITRE VIII
MARIAGE D’AUTRICHE (1810)
Les royalistes disaient que Bonaparte était « un être accidentel, un de ces champignons, nés d’hier, qui doivent disparaître demain ». En attendant, ils tiraient, de leur mieux, parti du champignon. Par Joséphine, ils se faisaient rendre leurs biens. M. de Maistre, leur coryphée, avait obtenu de la cour de Russie, sa protectrice, la permission de demander une entrevue à Bonaparte. Celui-ci ne répondit pas, et ne voulut pas voir ce présomptueux intrigant.
Lui qui avait tant fait pour le parti rétrograde, épargné par deux fois l’Autriche, relevé le papisme en 1802, il savait bien que ce parti attendait, souhaitait toujours sa mort, sa chute[108], le voyait volontiers enchaîné à la stérile Joséphine. Elle suivait partout Bonaparte, qui ne cachait point son dégoût.
[108] Pendant qu’il était à Schœnbrun, il avait failli être assassiné.
Chacun prévoyait le divorce. Les sœurs y poussaient fort, mais craignaient l’arrivée d’une princesse étrangère, voulaient lui faire épouser une Française. C’était aussi l’idée des meilleurs courtisans, entre autres de M. de Narbonne, qui croyait que Bonaparte ne pouvait s’appuyer que sur la France. Les sœurs ménageaient cette affaire, bien peu délicatement, menant sans cesse l’empereur à la maison de Saint-Denis, le tentant par la vue de belles jeunes filles. On le faisait arriver surtout au moment où la plus belle (déjà impératrice par sa grâce majestueuse) distribuait aux pauvres les aumônes de la maison[109].
[109] J’ai connu cette belle et vertueuse personne ; j’ai eu tous ces détails et par madame Augelet, dame de Saint-Denis, et par M. Villemain, secrétaire de M. de Narbonne.
Cependant, à l’entrevue d’Erfurth, il eut l’idée d’un mariage avec une sœur du czar. Mais la mère d’Alexandre, qui en eut horreur, se hâta de marier sa petite fille à un prince d’Allemagne.
En décembre 1809, après Wagram, Bonaparte, qui avait si bien payé la douteuse amitié du czar, par la Finlande et les Principautés, se crut en droit cette fois de lui demander une autre de ses sœurs. Mais avant de se lier à Napoléon, Alexandre eût voulu lui faire signer ce mot : « Que la Pologne ne serait jamais rétablie », c’est-à-dire ôter aux Polonais leur espoir dans la France, et enlever à Napoléon cette épée de Pologne, que peut-être quelque matin ce dangereux ami pourrait lui porter à la gorge. C’était lui dire : « Marions-nous, d’accord ; mais, d’abord, quittez cette épée. »