« Il s’enferma avec Murat, Berthier, qui ont tout raconté. Pendant une heure, il réfléchit, silencieux, la tête dans les mains. Puis il se décida pour cette route fatale. » (Chambray.)

En reprenant la même route, avec quelques combats qu’il eût appelés victoires, il pouvait amuser l’opinion, dire qu’il s’était retiré librement pour revenir bientôt. C’était bien sa pensée, et il poussa si loin cette feinte, que, même en sa plus grande détresse, déjà presque détruit, il fit rester Ney, l’arrière-garde, pour faire sauter les murailles de Smolensk, qu’il allait, disait-il, assiéger au retour.

Cela lui réussit. Il garda son prestige devant la France, et put encore, après Moscou, après l’immense désastre de Leipsick, se donner pour notre défenseur en 1814, et, en 1815, nous abîmer par Waterloo[114].

[114] Beaucoup de gens, mystiques ou raisonneurs, voyaient en lui un fatal enchanteur, comme Simon le Magicien, à qui Dieu permettait de se tenir en l’air à une grande hauteur, pour que plus sûrement il tombât, et se cassât le cou.

Mais comment dans ce siècle raisonneur, parvint-il à ce rôle de Thaumaturge ? D’abord, en affichant un grand respect pour la raison, en n’entrant à l’Institut que comme membre de la section de mécanique et se montrant très positif dans sa campagne d’Italie. La grande tromperie commença par l’Égypte, la fausse destruction de Saint-Jean d’Acre.

Après Austerlitz, Iéna, Friedland, il crut alors tenir l’Europe sous clef.

Là, sa tête éclata par ses romans d’Espagne et de Portugal, le sot mariage d’Autriche.

Dans sa terrible ascension, sa tête tourne, il crache sur les Alpes, la mer du Nord, et dit : « La nature doit changer. »

Rien ne change, ni Nature, ni Raison.

Tout le monde voit ce qui va arriver, même l’étourdi Murat. Lui, non.