Bref, les Bourbons offraient à un degré tout à fait rassurant les conditions d’incapacité qui promettaient de paralyser un pays si guerrier, qu’on croyait (bien à tort) toujours avide d’aventures.
Dans le conseil où l’empereur Alexandre siégeait avec le roi de Prusse et le général autrichien Schwarzenberg, personne n’osa parler pour la régence de l’impératrice. Et l’Autrichien se tut.
La question parut tranchée par un mot violent du général Dessolles : « Appelez la régence… et le tigre revient ! »
Marmont, après avoir vaillamment livré un dernier combat pour défendre Paris, avait été forcé par le conseil municipal de signer la capitulation de cette ville, abandonnée par les frères, la femme, les ministres de l’empereur, on peut dire par lui-même, qui était à deux pas.
Les alliés entrèrent en grand ordre, et la garde nationale conserva ses armes pour veiller à la paix publique. Alexandre dit un mot beau et vrai : « Je viens réconcilier la France avec l’Europe. »
Cependant Bonaparte, à Fontainebleau, méditait un projet insensé et terrible, qui eût égalé, dépassé le désastre de Moscou. C’était, avec ce qui lui restait d’hommes, de rentrer dans Paris et d’y livrer bataille, d’essayer d’en chasser l’armée de l’Europe. Acte désespéré, où Paris certes ne l’eût pas secondé, mais qui eût pu amener sa destruction. Après avoir mis sa famille en sûreté, et sans prendre aucune précaution de défense, il appelait cette ville désarmée à un combat contre l’Europe.
Plusieurs choses eussent rendu horrible cet événement. D’abord Paris était encombré d’une masse immense de réfugiés, de toutes les parties de l’empire.
Puis, les manufactures et fabriques nouvelles, qu’on y avait établies sans précaution (celles surtout de produits chimiques) le rendaient extrêmement combustible en cas de bombardement. J’en ai gardé un souvenir cruel. Nous étions près d’une de ces fabriques, et, quand quelques bombes tombèrent au faubourg du Temple, j’étais près de ma mère mourante (et qu’on ne pouvait transporter). Une seule étincelle, tombée là, nous eût brûlés vifs.
Voilà donc dans quelle horrible extrémité il nous jetait. Heureusement, ses généraux se refusèrent à ce grand crime. Oudinot, Lefebvre, déclarèrent qu’ils n’obéiraient pas. Et Ney, l’homme le plus populaire dans l’armée depuis la retraite de Moscou, le somma d’abdiquer. On lui apprit que le Sénat avait voté sa déchéance.
Il essaya encore d’abdiquer pour son fils. Mais personne ne fut pris à cette ruse. On s’en tint à la capitulation, qui disait qu’il serait mis dans une enceinte que choisiraient les alliés.