Haine solide et universelle. Et si elle était quelque part plus franche et plus injurieuse, je puis dire que ce fut en France, où on était en deuil de tant d’enfants, en deuil pour Moscou, pour Leipsick, pour cette dernière campagne ; il était maudit, et par une grande France qui n’était d’aucun parti, mais simplement vouée à d’éternels regrets.
Je me rappelle très bien le jour où on nous nomma les Bourbons, que personne ne connaissait.
L’empereur Alexandre arrivait, il est vrai, entouré d’émigrés de l’ancienne France, et avec une disposition mystique, favorable au total à cette antique race.
Talleyrand, qui avait bien quelques sujets de craindre le retour de l’ancien régime, dut se joindre à l’intrigue royaliste et la diriger, s’il pouvait.
Que dut-on dire à Alexandre : « que cette famille était celle qui inquiéterait le moins l’Europe, étant fatalement pacifique, prédestinée à une paix forcée. »
Descendue par les femmes de la maison de Saxe, elle en avait l’obésité.
Le gros Louis XVIII, déjà âgé, eunuque, ne pouvait se bouger.
Le mâle de la famille, le comte d’Artois, usé et dégradé par les plaisirs, était fort avili, depuis la campagne qui suivit Quiberon, par le mépris des Vendéens eux-mêmes, les risées de Charette. Le terrible petit livre de Vauban commençait à circuler partout.
C’est peut-être ce qui servit cette famille en montrant qu’on n’en trouverait jamais une plus incapable. Le fils aîné du comte d’Artois, le duc d’Angoulême, marié à une princesse stérile (la fille de Louis XVI), était un honnête homme, mais, ce semble, grêlé, vieilli d’avance par les débauches de son père, et au total impropre à tout.
Le second fils, le duc de Berry, fort livré au plaisir, n’en était pas moins un brutal, propre à décourager la France de la vie militaire.