Il avait dit et répété que, s’il s’éloignait, il suffisait que Paris pût se défendre quelques jours. Mais il n’avait pris nulle précaution pour protéger, nourrir une si grande population.

Lui-même doutait si bien de pouvoir sauvegarder Paris qu’il avait écrit à Joseph de mettre (avant tout) en sûreté son fils avec l’impératrice.

Mais tous l’abandonnèrent. Joseph dit : « Je reste ! » et partit.

Paris, à ce moment, était plus que Paris. Il était encombré d’une foule immense de réfugiés, qui affluaient de toutes les parties de l’empire, de toutes les Frances lointaines, et venaient ici se cacher aux plus petits trous.

Pour les alliés, il suffisait de s’avancer en grandes masses, en laissant toutefois à la France le temps de se reconnaître, d’abandonner, d’abjurer l’auteur de tous ses maux. Le danger, dans cette longanimité, était qu’Alexandre était suivi par un demi-traître, l’Autriche ; elle aidait le mouvement avec l’idée de le lâcher, si la France aux expédients avait idée d’invoquer le beau-père et sa fille.

Aussi on n’agit avec fermeté et certitude que lorsque, Bernadotte ayant amené à Alexandre les 100 000 hommes du contingent du Nord, les Autrichiens se trouvèrent en minorité et subordonnés.

Rien n’est plus étrange que de voir Rovigo et, en général, les séides de l’empereur, se donner tant de peine à expliquer l’intrigue par laquelle on écarta la jeune impératrice et le petit roi de Rome. « Deux innocents, ce semble, dont on n’eût pas dû se défier. »

L’empereur, en offrant d’abdiquer au profit de son fils avait bien averti que c’était lui-même encore, que, sous ce masque pacifique, c’était la guerre éternelle.

Les fanatiques qui tenaient obstinément à Bonaparte étaient donc bien aveugles pour ne pas voir l’obstacle énorme, gigantesque, qui lui fermait la voie, l’excluait à jamais lui et les siens.

Quel obstacle ? La haine du monde.