Mais quand Paul, presque délaissé par l’Autriche, eut sa défaite de Zurich, si cruelle pour la gloire des Russes, il laissa la coalition.


Une autre cause appelait alors son âme chevaleresque.

Cette fois il était imploré par les puissances maritimes, Suède, Danemark, Hambourg, etc., indignement vexées, maltraitées des Anglais, qui ne respectaient guère davantage même la Prusse, même l’Espagne. Ainsi, devant le port de Barcelone, ils surprirent trois vaisseaux, par un stratagème honteux en ne montrant sur le pont que des officiers anglais déguisés en Espagnols.

Paul, obsédé par les victimes de cette indigne tyrannie, se ressouvint qu’en 1780 la Russie s’était mise à la tête d’une ligue pour la protection des neutres.

Cette question n’était pas moins que celle de la liberté des mers, tant débattue déjà au XVIIe siècle, le mare liberum des Hollandais, le mare clausum des Anglais : thèse qu’ils soutenaient d’abord pour leur sûreté dans les mers étroites d’Europe ; mais thèse cruellement tyrannique lorsque, maîtres des Indes, ils l’étendaient à toutes les mers, et prétendaient confisquer un élément. Ce prétendu droit de naviguer seuls librement, qui implique celui d’aborder à volonté partout, ne serait pas moins qu’un droit illimité sur les rivages mêmes, c’est-à-dire un droit d’usurper la terre.

Paul, prenant en main cette grande cause, se trouvait par cela même rapproché de la France, qui l’avait toujours défendue, et encore plus de Bonaparte, qui, après brumaire, lui avait renvoyé les soldats russes pris en Hollande avec les Anglais, renvoyé honorablement, avec des habits neufs et avec leurs drapeaux.

Cette politique habile, généreuse et flatteuse toucha Paul. Bonaparte avait envoyé à Pétersbourg une actrice et une autre femme spirituelle et adroite qui intriguaient pour le parti français, sous la protection de Rostopchine, homme très fin, à qui se fiait l’empereur, avec raison ; Rostopchine était un vrai Russe, et non pas sans habileté.

Toute cette cour était divisée par une grande question. Paul, haï par sa mère et maltraité, était d’autant plus Russe de cœur, et ennemi de cette succession flottante qui, admettant les femmes au trône, pouvait à chaque instant y appeler une étrangère.

Sa marâtre lui avait fait épouser d’abord une Hessoise, galante et perfide. Veuf bientôt, il épousa une princesse de Bade, vertueuse et de grand mérite, qui eut d’autant plus d’influence sur ses fils.