Au moment où Godwin et autres (à l’instar de nos révolutionnaires) recommandaient le mariage et la fécondité ; à ce moment même, 98, Malthus, alors âgé de 38 ans, fit son livre pour prêcher la stérilité.
Livre remarquable, mais menaçant, funèbre, où il croit prouver par les chiffres que le travail de l’homme est incapable de multiplier les subsistances autant que s’augmente la population. Celle-ci par un fâcheux accroissement allant toujours bien au delà de nos facultés de créer et augmenter la nourriture, l’humanité en s’engendrant inconsidérément n’enfante que la famine, la misère et tous ses fléaux.
Qu’arrivera-t-il ? Que les hommes, repoussant les tribus humaines moins fortes, auront pour quelque temps des terres plus étendues à cultiver. Cela donnera un répit. N’importe ! Un peu plus tard la difficulté devra revenir la même.
Il est vrai que la guerre, les maladies, la petite vérole, qui règne en reine au XVIIIe siècle, sont des préservatifs assez bons contre la famine. Mais voilà la médecine, surtout la vaccine, qui veulent conserver l’homme, maintenir, augmenter, les embarras du monde.
Puisque la mort n’agit pas assez contre l’encombrement, demandons secours à la médecine préventive. Tâchons de ne pas naître.
Ce livre, farci de chiffres souvent très incertains que l’auteur prend même dans les pamphlets payés de M. Pitt, n’en est pas moins, malgré cet étalage, analogue aux rêveries des millénaires sur la fin du monde, qui, disaient-ils, doit s’affamer peu à peu et mourir de langueur et d’amaigrissement. Dès l’ère chrétienne où une religion de la mort fut annoncée et la fin prochaine du monde, on a vu par moments reparaître ces rêveries. Malthus, en les reproduisant, fait un roman plus désespérant que celui de Grainville où l’idée sublime que l’amour conserve ce monde, que la vie du globe en dépend, jette une lueur consolante. Le dernier homme lui-même la suit parmi les ruines.
Dans Malthus, au contraire, ce n’est que ténèbres, et malgré le secours que la mort peut tirer des pestes, de la variole et de ses autres alliés, on n’entrevoit que trop pour les malheureux survivants les honteuses souillures qui remplaceront l’amour dans un monde où l’on s’interdit la fécondité.
Les riches seuls auront des enfants. Le pauvre est né seul, et seul il doit mourir ainsi qu’il est venu.
L’auteur a sous les yeux mille explications sociales de la misère et de ses causes, mais il se garde bien de les voir.
Moi je n’entreprends point de les énumérer. Voici pourtant ce que je dis :