Cette glace de prêtre fait frémir.
Pie VII, dans la froide note où il consent avec toute espèce de formes modestes, n’insista pas moins sur les conditions les plus altières du cérémonial, celles qui mettent le prince au plus bas devant le prêtre : le baisement des pieds.
Il est évident que le pape avait des espérances qu’il n’osait avouer (sous peine d’être accusé de simonie). Par de vagues paroles qui n’engageaient à rien, on lui faisait croire que Bologne, les Légations, Avignon, lui seraient rendus. Tout au contraire, Bonaparte, l’hiver même et pendant le sacre, se préparait à changer ces pays qu’espérait le pontife en un royaume d’Italie, à se sacrer lui-même à Milan de la couronne de fer des rois lombards.
Il ne se fiait pas tellement au sacre qu’en même temps il n’ait voulu un meilleur titre, plus décisif : une approbation, au moins simulée, de la France. Partout, dans les départements, on ouvrit des registres, où, sous les yeux des fonctionnaires, chacun était tenu d’exprimer son vœu pour le nouvel empire.
Et en même temps, pour dons de joyeux avènement, il créa les droits réunis, donna le code criminel et la grande loi sur la police générale.
Cependant le pape différait son voyage. Pour le décider, il fallut la menace. Bonaparte lui signifia que, si dans cinq jours, il ne tenait pas parole, on abolirait le Concordat, c’est-à-dire qu’on soustrairait la France à l’obéissance de Rome.
En attendant Bonaparte semblait absorbé par ses mesquines disputes de famille. Fort charmé d’avoir vu Lucien partir pour l’Italie, il voulut apaiser Louis, le créa général et conseiller d’État. Il fit Joseph colonel en attendant qu’il le nommât colonel général des Suisses. Il donna même à celui-ci le vain titre de grand électeur avec un logement au Luxembourg.
En même temps, il lui reprochait de voir les républicains, entre autres le général Jourdan. En réalité, ce qui les brouillait surtout, c’était le triomphe prochain de Joséphine.
Événement singulier en effet pour tous ceux qui la connaissaient, et sa carrière si longue dans la galanterie. A seize ans, rejetée par son premier époux Beauharnais, que de campagnes en ce genre elle avait faites ! Tous la connaissaient à Paris et ailleurs. Et il fallait un grand courage au pape pour venir la marier, la sacrer. Une personne plus réfléchie qu’elle eût triomphé modestement, et se serait fait pardonner. Mais non : elle voulait humilier les frères de l’empereur.
Revenons au pape. Les variations singulières de Napoléon dans sa réception n’indiquent ni ignorance, ni grossièreté soldatesque, mais la dualité de deux esprits qui s’agitaient en lui. Certain défaut d’égards qu’il marquait pour le pontife était vu volontiers par sa cour militaire. Ses généraux disaient avec plaisir : « Il ne dépendra plus des prêtres. »