[18] A. Maury, Magie, 159.
[19] C'est une des retraites favorites du petit friand. Les Suisses, qui connaissent son goût, lui font encore aujourd'hui des présents de lait. Son nom, chez eux, est troll (drôle); chez les Allemands, kobold, nix; chez les Français, follet, goblin, lutin; chez les Anglais, puck, robin hood, robin good fellow. Shakespeare explique qu'il rend aux servantes dormeuses le service de les pincer jusqu'au bleu pour les éveiller.
[20] Laurière, II, 100; vo Marquette. Michelet, Origines du droit.
[21] Quand je publiai mes Origines en 1837, je ne pouvais connaître cette publication (de 1842).
[22] Cette délicatesse apparaît dans le traitement que ces dames voulaient infliger de leurs mains à Jean de Meung, leur poète, l'auteur du Roman de la Rose (vers 1300).
[23] Rien de plus gai que nos vieux contes; seulement ils sont peu variés. Ils n'ont que trois plaisanteries: le désespoir du cocu, les cris du battu, la grimace du pendu. On s'amuse du premier, on rit (à pleurer) du second. Au troisième, la gaieté est au comble; on se tient les côtes. Notez que les trois n'en font qu'un. C'est toujours l'inférieur, le faible qu'on outrage en toute sécurité, celui qui ne peut se défendre.
[24] Les démons troublent le monde pendant tout le Moyen-âge. Mais Satan ne prend pas son caractère définitif avant le treizième siècle. «Les pactes, dit M. A. Maury, sont fort rares avant cette époque.» Je le crois. Comment contracter avec celui qui vraiment n'est pas encore? Ni l'un ni l'autre des contractants n'était mûr pour le contrat. Pour que la volonté en vienne à cette extrémité terrible de se vendre pour l'éternité, il faut qu'elle ait désespéré. Ce n'est guère le malheureux qui arrive au désespoir; c'est le misérable, celui qui a connaissance parfaite de sa misère, qui en souffre d'autant plus et n'attend aucun remède. Le misérable en ce sens, c'est l'homme du quatorzième siècle, l'homme dont on exige l'impossible (des redevances en argent).—Dans ce chapitre et le suivant, j'ai marqué les situations, les sentiments, les progrès dans le désespoir, qui peuvent amener le traité énorme du pacte, et, ce qui est bien plus que le simple pacte, l'horrible état de sorcière. Nom prodigué, mais chose rare alors, laquelle n'était pas moins qu'un mariage et une sorte de pontificat. Pour la facilité de l'exposition, j'ai rattaché les détails de cette délicate analyse à un léger fil fictif. Le cadre importe peu du reste. L'essentiel, c'est de bien comprendre que de telles choses ne vinrent point (comme on tâchait de le faire croire) de la légèreté humaine, de l'inconstance de la nature déchue, des tentations fortuites de la concupiscence. Il y fallut la pression fatale d'un âge de fer, celle des nécessités atroces; il fallut que l'enfer même parût un abri, un asile, contre l'enfer d'ici-bas.
[25] C'était une méthode fort usitée pour forcer les Juifs de contribuer. Le roi Jean-sans-Terre y eut souvent recours.
[26] Tolède paraît avoir été la ville sainte des sorciers, innombrables en Espagne. Leurs relations avec les Maures, tellement civilisés, avec les Juifs, fort savants et maîtres alors de l'Espagne (comme agents du fisc royal), avaient donné aux sorciers une plus haute culture, et ils formaient à Tolède une sorte d'université. Au seizième siècle, on l'avait christianisée, transformée, réduite à la magie blanche. Voir la Déposition du sorcier Achard, sieur de Beaumont, médecin en Poitou. Lancre, Incrédulité, p. 781.
[27] C'est le grand et cruel outrage qu'on trouve usité dans ces temps. Il est, dans les lois galloises et anglo-saxonnes, la peine de l'impureté. (Grimm, 679, 711; Sternhook, 19, 326; Ducange, III, 52; Michelet, Origines.)—Plus tard, le même affront est indignement infligé aux femmes honnêtes, aux bourgeoises déjà fières, que la noblesse veut humilier. On sait le guet-apens où le tyran Hagenbach fit tomber les dames honorables de la haute bourgeoisie d'Alsace, probablement en dérision de leur riche et royal costume, tout de soie et d'or. J'ai rapporté aussi dans mes Origines le droit étrange que le sire de Pacé, en Anjou, réclame sur les femmes jolies (honnêtes) du voisinage. Elles doivent lui apporter au château 4 deniers, un chapeau de roses et danser avec ses officiers. Démarche fort dangereuse, où elles avaient à craindre de trouver un affront, comme celui d'Hagenbach. Pour les y contraindre, on ajoute cette menace que les rebelles dépouillées seront piquées d'un aiguillon marqué aux armes du seigneur.