[48] Lancre, 136. Pourquoi ce nom Philippe, je n'en sais rien. Il reste d'autant plus obscur qu'ailleurs, lorsque Satan nomme Jésus, il l'appelle le petit Jean ou Janicot. Le nommerait-elle ici Philippe du nom odieux du roi qui nous donna les cent années des guerres anglaises, qui, à Crécy, commença nos défaites et nous valut la première invasion? Après une longue paix, fort peu interrompue, la guerre fut d'autant plus horrible au peuple. Philippe de Valois, auteur de cette guerre sans fin, fut maudit et laissa peut-être dans ce rituel populaire une durable malédiction.
[49] Fort récemment encore, mon spirituel ami, M. Génin, avait recueilli les plus curieux renseignements là-dessus.
[50] Boguet, Lancre, tous les auteurs sont d'accord sur ce point. Rude contradiction de Satan, mais tout à fait selon le vœu du serf, du paysan, du pauvre. Satan fait germer la moisson, mais il rend la femme inféconde. Beaucoup de blé et point d'enfant.
[51] Chose très générale dans l'ancienne France, me disait le savant et exact M. Monteil.
[52] Lancre parle de sorcières aimées et adorées.
[53] Voir la fin de la sorcière de Berkeley dans Guillaume de Malmesbury.
[54] Même au sujet le plus mystique, dans une œuvre de génie, l'Agneau de Van Eyck (Jean dit de Bruges), toutes les Vierges paraissent enceintes. C'est la grotesque mode du quinzième siècle.
[55] Cet amaigrissement de gens usés et énervés me gâte toutes les splendides miniatures de la cour de Bourgogne, du duc de Berry, etc. Les sujets sont si déplorables, que nulle exécution n'en peut faire d'heureuses œuvres d'art.
[56] Cette terrible fantaisie n'était pas rare chez ces grandes dames, nobles captives des châteaux. Elles avaient faim et soif de liberté, de libertés cruelles. Boguet raconte que, dans les montagnes de l'Auvergne, un chasseur tira, certaine nuit, sur une louve, la manqua, mais lui coupa la patte. Elle s'enfuit en boitant. Le chasseur se rendit dans un château voisin pour demander l'hospitalité au gentilhomme qui l'habitait. Celui-ci, en l'apercevant, s'enquit s'il avait fait bonne chasse. Pour répondre à cette question, il voulut tirer de sa gibecière la patte qu'il venait de couper à la louve; mais quelle ne fut point sa surprise, en trouvant, au lieu d'une patte, une main, et à l'un des doigts un anneau que le gentilhomme reconnut pour être celui de sa femme! Il se rendit immédiatement auprès d'elle, et la trouva blessée et cachant son avant-bras. Ce bras n'avait plus de main; on y rajusta ce que le chasseur avait rapporté, et force fut à la dame d'avouer que c'était bien elle qui, sous la forme de louve, avait attaqué le chasseur, et s'était sauvée ensuite en laissant une patte sur le champ de bataille. Le mari eut la cruauté de la livrer à la justice, et elle fut brûlée.
[57] Voir mon Histoire de France, et surtout la savante et exacte notice de notre si regrettable Armand Guéraud: Notice sur Gilles de Rais, Nantes, 1855 (reproduite dans la Biographie bretonne de M. Levot).—On y voit que les pourvoyeurs de l'horrible charnier d'enfants étaient généralement des hommes. La Meffraye, qui s'en mêlait aussi, était-elle sorcière? On ne le dit pas. M. Guéraud devait publier le procès. Il est à désirer qu'on fasse cette publication, mais sincère, intégrale, non mutilée. Les manuscrits sont à Nantes, à Paris. Mon savant ami, M. Dugast-Matifeux, m'apprend qu'il en existe une copie plus complète que ces originaux aux archives de Thouars (provenant des La Trémouille et des Serrant).