[58] Pouchet, Solanées et Botanique générale.—Nysten, Dictionnaire de médecine (édition Littré et Robin), article Datura. Les voleurs n'emploient que trop ces breuvages. Ils en firent prendre un jour au bourreau d'Aix et à sa femme, qu'ils voulaient dépouiller de leur argent: ces deux personnes entrèrent dans un si étrange délire que pendant toute une nuit ils dansèrent tout nus dans un cimetière.

[59] Cet orgueil la menait parfois à un furieux libertinage. De là ce mot allemand: «La sorcière en son grenier a montré à sa camarade quinze beaux fils en habit vert, et lui a dit: «Choisis; ils sont à toi.»—Son triomphe était de changer les rôles, d'infliger comme épreuves d'amour les plus choquants outrages aux nobles, aux grands, qu'elle abrutissait. On sait que les reines, aussi bien que les rois, les hautes dames (en Italie encore au dernier siècle, Collection Maurepas, XXX, 111), recevaient, tenaient cour au moment le plus rebutant, et se faisaient servir aux choses les moins désirables par les personnes favorisées. De la fantasque idole on adorait, on se disputait tout. Pour peu qu'elle fût jeune et jolie, moqueuse, il n'était pas d'épreuve si basse, si choquante que ses animaux domestiques (le sigisbé, l'abbé, un page fou) ne fussent prêts à subir, sur l'idée sotte qu'un philtre répugnant avait plus de vertu. Cela déjà est triste pour la nature humaine. Mais que dire de cette chose prodigieuse que la sorcière, ni grande dame, ni jolie, ni jeune, pauvre, et peut-être une serve, en sales haillons, par sa malice seule, je ne sais quelle furie libertine, une perfide fascination, hébétât, dégradât à ce point les plus graves personnages? Des moines d'un couvent du Rhin, de ces fiers couvents germaniques où l'on n'entrait qu'avec quatre cents ans de noblesse, firent à Sprenger ce triste aveu: «Nous l'avons vue ensorceler trois de nos abbés tour à tour, tuer le quatrième, disant avec effronterie: «Je l'ai fait et le ferai, et ils ne pourront se tirer de là, parce qu'ils ont mangé, etc.» (Comederunt meam..., etc. Sprenger, Malleus maleficarum, quæstio VII, p. 84.) Le pis pour Sprenger, et ce qui fait son désespoir, c'est qu'elle est tellement protégée, sans doute par ces fous, qu'il n'a pu la brûler. «Fateor quia nobis non aderat ulciscendi aut inquirendi super eam facultas; ideo adhuc superest

[60] Faustin Hélie, dans son savant et lumineux Traité de l'instruction criminelle (t. I, 398), a parfaitement expliqué comment Innocent III, vers 1200, supprime les garanties de l'Accusation, jusque-là nécessaires (surtout la peine de la calomnie que pouvait encourir l'accusateur). On y substitue les procédures ténébreuses, la Dénonciation, l'Inquisition. Voir dans Soldan la légèreté terrible des dernières procédures. On versa le sang comme l'eau.

[61] Voy. mes Mémoires de Luther, pour les Kilcrops, etc.

[62] Voy. Soldan pour ce fait et pour tout ce qui regarde l'Allemagne.

[63] L'instrument décrit autorise ce mot. Dans Boguet, p. 69, il est froid, dur, très mince, long d'un peu plus d'un doigt (visiblement une canule). Dans Lancre, 224, 225, 226, il est mieux entendu, risque moins de blesser; il est long d'une aulne et sinueux, une partie est métallique, une autre souple, etc. C'est déjà le clysoir.

[64] Massée, Chronique du monde (1540), et les chroniqueurs du Hainaut, Vinchant, etc.

[65] Wyer, liv. III, ch. VII, d'après Grillandus.

[66] Doctrine très ancienne qui reparaît souvent dans le Moyen-âge. Au dix-septième siècle, elle est commune dans les couvents de France et d'Espagne, nulle part plus claire et plus naïve que dans les leçons d'un ange normand à une religieuse (Affaire de Louviers).—L'ange enseigne à la nonne premièrement «le mépris du corps et l'indifférence à la chair. Jésus l'a tellement méprisée, qu'il l'a exposée nue à la flagellation, et laissé voir à tous...»—Il lui enseigne «l'abandon de l'âme et de la volonté, la sainte, la docile, la toute passive obéissance. Exemple: la Sainte Vierge, qui ne se défia pas de Gabriel, mais obéit, conçut.»—Courait-elle un risque? Non. Car un esprit ne peut causer aucune impureté. Tout au contraire, il purifie.»—A Louviers, cette belle doctrine fleurit dès 1623, professée par un directeur âgé, autorisé, David. Le fonds de son enseignement était «de faire mourir le péché par le péché», pour mieux rentrer en innocence. Ainsi firent nos premiers parents. Esprit de Bosroger (capucin). La Piété affligée, 1645; p. 167, 171, 173, 174, 181, 189, 190, 196.

[67] L'Histoire des diables de Loudun, du protestant Aubin, est un livre sérieux, solide, et confirmé par les Procès-verbaux mêmes de Laubardemont. Celui du capucin Tranquille est une pièce grotesque. La Procédure est à notre grande Bibliothèque de Paris. M. Figuier a donné de toute l'affaire un long et excellent récit (Histoire du merveilleux).—Je suis, comme on va voir, contre les brûleurs, mais nullement pour le brûlé. Il est ridicule d'en faire un martyre, en haine de Richelieu. C'était un fat, vaniteux, libertin, qui méritait non le bûcher, mais la prison perpétuelle.