Gardez-vous de l'aider. N'allez pas, faible mère, ramener cet artiste, cet Adam travailleur, au paradis, dont, grâce à Dieu, il sort. Respectez-le. Regardez ses instincts. Ne les étouffez pas, en croyant les servir.

L'harmonie de la forme, des formes élémentaires régulières (celle des cristaux), lui est infiniment sensible. L'homme naît géomètre, sent fort bien la beauté de ces formes très simples, la sphère, le rond, l'ovale, etc., que notre sens blasé admire moins aujourd'hui.

L'autre harmonie, le rythme, lui est également naturelle. Tout d'abord il le sent, le suit.

C'est dans le jardinage surtout que l'aide de sa mère lui redevient utile. Artiste et créateur, il est impatient, voudrait d'un Fiat faire un monde. Il va incessamment regarder, déterrer le petit germe mis en terre. Elle qui, avec lui, fut si douce, si patiente, elle lui enseignera la patience, l'art réel de créer, celui de ménager, de couver tendrement ce qu'on veut faire croître et qu'on aime.

CHAPITRE III
La Famille.—L'Asile.—Dangers dans la famille même.

Frœbel a de l'audace. Dès trois, quatre ans, il croit que l'enfant est mieux à l'école. L'oiseau est lancé hors du nid.

Mais c'est qu'il est trop chaud, ce nid, et trop enveloppant. La femme est si habituée à vouloir, à agir pour lui, à lui sauver toute peine, même si elle pouvait, l'embarras de penser!

Il ne perd pas la mère. Frœbel lui en donne une, plus calme, moins passionnée, une jeune demoiselle (qui par l'éducation se prépare à la vie de famille et au mariage), qui surveille ce petit peuple d'enfants et le dirige un peu.

Ils s'élèvent eux-mêmes avec son secours, sous ses yeux. C'est l'école qui instruit l'école, l'exemple mutuel. On voit travailler; on travaille. On voit jouer; on joue. On est moins en contact avec l'autorité qu'avec ses égaux, ses voisins. La maîtresse, obligée de se partager entre tous, pèse peu à chacun, et soutient peu chacun. Il faut que l'enfant en cent choses se consulte lui-même, avise, développe sa petite activité dans le travail, le jeu, déploie même un peu d'énergie pour bien tenir sa place contre les étourdis et se faire respecter. Image vraie du monde, qui offre déjà (fort adoucies) les luttes et (bien légers) les frottements.

L'Allemande, plus douce, se résigne à cela. Elle gémit, et dit: «Pauvre petit!» mais enfin l'envoie à l'école. Combien plus la Française lutte, dispute, résiste là-dessus! À moins qu'elle ne soit ouvrière, absente tout le jour et commandée par le travail, elle trouvera cent et mille raisons pour ne pas lâcher son enfant. Même pour quelques heures, grand est le sacrifice. L'école! «Mais pourquoi? La famille elle-même déjà est une école. Il a des frères, des sœurs. Qu'ils jouent, travaillent entre eux. N'est-ce pas bien plus sûr qu'un pêle-mêle d'enfants inconnus?»