Grand débat! vraiment solennel! Savez-vous bien qu'ici deux religions contraires sont en présence?
La foi au foyer seul, aux Sacra paterna, aux Divi parentes, au sanctuaire fermé, exclusif, du patriarcat.
La foi au genre humain, à la naturelle innocence du premier âge en tous, la confiance aimante aux instincts primitifs que Dieu a mis en nous.
Je suis grand partisan de l'éducation de famille. Mais, comme aux derniers temps, on en a tant parlé dans certaine vue intéressée, je dois, pour être juste, bien avertir les mères que, même en la famille, l'enfant court des dangers. Il risque moins les chocs, mais plus l'étouffement. Cet air, très renfermé, est souvent peu vital, moins respirable que l'air du vaste monde, mêlé sans doute, mais où les mélanges souvent se corrigent l'un l'autre.
La famille bien close nous rendrait tristement routiniers et imitateurs. On copie les parents, et entre frères (tout en disputant) on se copie. On en prend une empreinte, et l'on reste stéréotypé.
Revoyez-les vingt ans, trente ans après, et interrogez-les. La vie traversée marque peu. Et la famille est tout. Ils ont à peine appris. De cœur ils sont restés enfermés dans leur premier monde, avec une partialité aveugle pour les choses d'alors, les personnes d'alors. Ce qui s'ajouta est fluide, va et vient, ne tient guère. Mais ce que la famille imprima en bien ou mal, en bonnes ou mauvaises habitudes, est à jamais le fond du fond.
Forte éducation, je le crois, mais si forte que c'est tant pis.
Il semble chez plusieurs que cette imbibition trop profonde et définitive a trop mordu, creusé, entamé le dedans. Ils sont secs et hostiles à ce qui n'est pas la famille. Plusieurs réellement seront toute leur vie à l'état de fœtus, n'ajoutant nulle idée à celles qu'ils ont eues dans le sein maternel. Beaucoup restent nerveux, créatures féminines, impropres à l'action, qui ont quelque talent, et presque toujours l'esprit faux.
Ce que la mère adore dans la famille, et ce qui est injuste, c'est d'immobiliser l'esprit, de le retenir au maillot, lié de certaines idées et de certaines habitudes, lié de cette sorte que plus tard on a beau ôter la ligature, il ne peut se mouvoir qu'au degré et de la manière qu'il le fit quand il la portait.
Les livres juifs déjà observent sagement que les tendresses extrêmes et indiscrètes des parents amollissent, énervent l'enfant. Ils veulent que le père soit ferme pour sa fille et la tienne à distance.