Et vainqueur, que fit-il? Il brisa le maître d'école. Cela dit clairement le nom de celui-ci: il est la République même.
De la liberté sortiront des écoles tout indépendantes, qui, selon les contrées, les futures professions, etc., donneront un enseignement heureusement varié, moins uniforme que celui d'aujourd'hui. Les localités comprendront combien leur seront profitables les dépenses de l'école. Cela viendra. Mais aujourd'hui se fier au village pour nourrir le maître d'école, c'est sans nul doute le faire mourir de faim.
Affranchi, relevé, il va être l'organe nécessaire de l'idée nouvelle, très zélé (ayant tant souffert). C'est par lui que la France pourra parler à ses enfants.
Il faut largement l'adopter, lui dire: «Tu es le fils légitime de la République», assurer son foyer, faire pour lui ce qu'on fait en Hollande et en Angleterre, autant qu'on peut, le marier. Sa femme enseignera les filles.
Cela ne suffit pas. Il faut (et c'est l'essentiel) entrer plus qu'on n'a fait dans l'intelligence de son sort. Il faut être à la fois et plus humain, et plus sévère qu'on ne l'a été jusqu'ici.
Quel est son mal? Quelle est la cause du blasement et de l'énervation où il tombe souvent de bonne heure, et qui rendent son enseignement fade et sans efficacité? Ce mal, c'est la monotonie intolérable de sa vie. Le mariage déjà y mettra des diversions (non nuisibles, utiles). Mais ce qui très directement le tirera de ce marais, c'est d'exiger de lui certain progrès, certaine étude nouvelle, qui, dûment constatée, lui vaudront un avancement. Vous allez dire: «Cela le distraira, et il enseignera moins bien?» Tout au contraire. Si l'âme est en santé, si l'esprit est vivant, cette énergie salubre se sentira en tout, vivifiera l'école. Avec l'homme ennuyé elle s'ennuie, elle n'est que langueur, rien que torpeur et bâillement.
M. de Lamennais, qui, dans son dernier âge plus nerveux que jamais, trouvait souvent des mots vifs et forts, à pointes d'acier, m'en dit un, certain jour, qui m'entra dans l'esprit. On parlait du prêtre, du haut état de l'âme qu'il y faudrait et qui se soutient peu. «Oh! dit-il, être prêtre!... on le sera de temps en temps.»
Enseignement, c'est sacerdoce. L'enseignement, pour bien agir, avoir son efficacité, exige une verdeur, une vigueur qu'on n'a pas toujours. On peut se demander si c'est un métier d'être maître. Peut-on l'être toute la vie?
On a de grands moments où l'on est digne d'enseigner. Toute parole alors porte coup, est sentie et reste ineffaçable. Mais ces moments sont rares; ils ont peine à se soutenir. La détente vient, certaine lassitude. On se trouve au-dessous de soi.
L'enseignement devrait, dans une société avancée, être la fonction de tous ou presque tous. Il n'est presque personne qui, à certains moments, parlant avec plaisir et force, aimant à épancher son âme, n'enseigne à son insu et excellemment bien.