[107]: L'éducation spéciale, du collège ou de l'atelier, viendrait ensuite, l'atelier, adouci et réglé par l'école (selon les vues judicieuses de M. Faucher, Travail des Enfants); le collège adouci, surtout dans les premières années, où l'enfant n'apprendrait de grammaire que ce qu'il en peut comprendre. Plus d'exercice et de récréations, moins d'écritures inutiles.—Grâce, grâce pour les petits enfants!
[108]: Et c'est la mort qui enseigne! Les ignorantins imposent aux enfants l'histoire de France des Jésuites (Loriquet). J'y lis, entre autres calomnies infâmes, celle que l'émigré Vauban a lui-même démentie, qu'à Quiberon, Hoche aurait promis la vie et la liberté à ceux qui mettraient bas les armes, tome II, p. 256.
[109]: Voy. la Préface de mon livre: le Prêtre, la Femme et la Famille.
[110]: Dans un plan de constitution que nous devons à l'un des plus grands et des meilleurs hommes qui aient existé, à Turgot, avant l'État il fonde la commune, et avant la commune, il fonde l'homme par l'éducation. Cela est admirable. Seulement, qu'il soit bien entendu que l'éducation donnée dans la commune doit émaner de l'État, de la Patrie. Ce n'est pas là une affaire communale.
[111]: «À vous il fut donné de savoir les mystères du royaume des cieux. À eux cela n'est pas donné.» (Matth., XXII. Voir aussi Jean, XII, 40.)—Pourquoi parler en paraboles? «Pour qu'ils voient sans voir, entendent sans entendre.» (Marc, IV, 11; Luc, VIII, 10.) Et Marc ajoute: «De peur qu'ils ne se convertissent, et que leurs péchés ne leur soient remis.» (Marc, IV, 12.)
[112]: Dans un livre sur l'éducation, on ne peut dire un mot sans marquer d'abord son point de départ, sans dire si la nature est bonne, donc à développer,—ou si la nature est mauvaise, donc à corriger, réprimer, étouffer. Ceci est le principe chrétien. J'ai été bien surpris de voir dans l'Éducation de M. Dupanloup (édit. 1866), a quel point il dissimule ce principe. À peine, au IIIe volume, il mentionne brièvement, honteusement, le péché originel. Au tome Ier il ne parle que de respecter la liberté de la volonté, ne pas altérer la nature, etc. Au livre IV, je lis: le respect qui est dû à la dignité de la nature, etc. Ce sont les propres paroles de Rousseau et des Pélagiens.—Ne croyez pas qu'on puisse donc nous amuser ainsi. Soyez, ou ne soyez pas chrétiens. Ne restez pas dans ce lâche éclectisme. Que dira votre Dieu: «Tu as rougi de moi. Tu m'as caché, dérobé derrière toi, pour moins scandaliser le monde.»
[113]: M. de Frarière a trouvé un joli titre: Éducation antérieure, 1864; j'y reviendrai plus loin.
[114]: Le divorce pour la femme est un cruel événement qui la renvoie quand elle a donné tellement sa personne et qu'elle n'est plus elle-même. Et cependant l'union peut être dans certains cas un si horrible supplice, qu'on doit à tout prix la rompre. Au-dessus de la nature subsiste le droit de l'âme. Le détestable moyen terme qu'on appelle séparation est l'immoralité même. Il donne lieu à cent crimes, une foule d'infanticides, de suppressions d'état. Que d'enfants égarés, perdus, pis que morts! Mieux vaut cent fois le divorce, mais difficile, et surtout retardé et ajourné. Souvent les époux réfléchissent. Tant de choses aimées ensemble et d'habitudes communes, une telle identité de vie, tous ces fils vibrent fortement lorsqu'on est séparé, plutôt des fibres sanglantes, arrachées, qui, d'elles-mêmes, palpitent pour se rejoindre.
[115]: Et sans la mère peu de langage. C'est la raison réelle pour laquelle l'Anglais est muet, tout au moins taciturne.—Même dans l'allaitement, l'entant n'est apporté qu'un moment pour prendre le sein. Généralement il est mis dans une autre chambre, dans les mains de la nurse. Mot très particulier et sans équivalent (ni nourrice, ni bonne, ni gouvernante). C'est la nurse qui, simplifiant tellement la vie, la concentrant en deux personnes, l'a rendue si active, toute prête aux voyages lointains et à la colonisation. Aux eaux, aux bains de mer où l'intérieur se voit, est moins muré, j'observai souvent cette nurse. Pauvre créature ennuyée. Les parents ne lui parlaient guère. L'enfant était pour elle le plus souvent un dur tyran. S'ils sortent, c'est lui qui la mène, il fait tout à sa tête. En réalité il est seul, c'est Robinson (sans Vendredi). Trop nourri et gorgé de viande, il est colère et de mauvaise humeur. Ce n'est pas là l'ancien enfant anglais, nourri de lait, de bière, le fils de la Merry England. Celui-ci, exilé de sa mère en naissant, toujours en présence de cette fille qu'il gouverne, est déjà plein d'orgueil. Le passage à l'école est horrible pour lui. Sa volonté sauvage, jusque-là sans obstacle, est brisée à force de coups. Les châtiments cruels (tout comme au régiment ou à la flotte) sont d'usage à l'école. Malgré ces traitements qui pourraient faire un caractère atroce, les Anglais à la longue, par la vie et le monde, s'humanisent, sont parfois très doux. Mais il leur en reste au visage un incurable sérieux. On y lit qu'à la naissance ils furent éloignés de leur mère, privés de son sourire. Quand je les vois, Virgile me vient à la pensée: Cui non risere parentes, etc., et le mot de Frœbel: «Point de chambre d'enfant.»
[116]: Si l'on donne un peu de grammaire, il faut que ce soit uniquement comme secours et simplification pour le devoir du jour. Et cela dicté et écrit, non pris dans un gros livre qui éblouit, embrouille, décourage d'avance, rien qu'à le regarder, par la complexité, l'immensité obscure d'un grimoire incompréhensible.—Ce n'est pas que ces pauvres petits, si on les attache à ce livre, n'y pénètrent, ne soient même très propres à cette étude (je tiens cela d'un maître de grand mérite, M. B...). Dans l'âge singulièrement lucide et pur qui sépare les deux âges troubles (de l'époque lactée et de la puberté), les enfants de huit à treize ans ont une aptitude singulière pour saisir les choses subtiles. Mais cela fait trembler. Qui use de cette précocité, risque de les sécher, de les faire pour toujours délicats, faibles, arides (disons, d'un mot, fruits secs). Il faut tout au contraire leur donner des choses grossières, épaisses, saisissables et palpables, qui nourrissent sans trop affiner.