Ce monument peut-être existe. On nous assure que l’éminent et à jamais regrettable Balcesco a laissé un grand ouvrage sur l’histoire de son pays.—Puisse-t-il paraître bientôt!
Il y a, dit-on, profité de plus d’un document inconnu, miraculeusement retrouvé.
En 1846, il eut le bonheur de découvrir, dans un monastère de Karpathes, un poème historique de grande valeur. Cantarea Roumaniâ, chant de la Roumanie.—C’était toute l’histoire en quelques pages, et tirée de l’âme du peuple.
Impossible de découvrir l’auteur et l’époque. Il croit que c’est un moine nourri dans la solitude de la Bible et des psaumes.—Car souvent il y a eu dans les monastères et les grottes des Karpathes des moines qui ont exprimé dans une poésie biblique les souffrances du peuple, et ont cherché à voir dans l’avenir. Le plus connu est le Père Spiridion. Les moines de basse classe et les prêtres roumains, tant dans les principautés que dans la Transylvanie, ne se sont jamais séparés du peuple, ni par le genre de vie ni par le cœur. De là vient uniquement leur influence sur le peuple.
Le caractère de l’écriture et certaines expressions lui font croire que ce poème a été composé dans une de ces années où il y eut un grand mouvement populaire, comme en 1830. Les révolutions françaises, polonaises, les mouvements de l’Italie, retentirent jusque dans les solitudes des Karpathes et ouvrirent le cœur de l’ermite, qui regarda sa patrie et sa vie gémissante sous la domination russe. Il repassa chacun des jours de l’ancien temps, et, écoutant les bruits du monde, il montra à sa patrie les signes de l’affranchissement.
On a trop oublié le rôle éminemment guerrier qu’a joué autrefois la Roumanie.
C’est-elle pourtant qui, avec la Hongrie et la Pologne, soutint l’atroce combat de cinq siècles entiers qui ferma l’Europe aux Tartares d’abord, puis aux Ottomans.
Le sauveur de la chrétienté, Jean Huniade, fut-il Hongrois ou Roumain? C’est une question controversée entre les deux peuples.
Je lis dans la brochure nouvelle de M. Armand Lévy cette page éloquente: «Quarante églises semées sur le sol moldave témoignent encore des quarante victoires d’Étienne-le-Grand sur les Turcs... Si l’Évangile en cette nation trouva son boulevard, et si des milliers de Roumains ont témoigné pour la foi à Nicopolis comme à Varna, au temps nouveau la Révolution chaque fois y trouva son écho: et quand, il y a près de soixante ans, elle nous demandait de la reconnaître comme république, et quand naguère elle se levait toute confiante dans les sympathies et les promesses de la France de Février. Et les martyrs n’ont pas manqué à la cause nationale depuis Cantacuzène, dépouillé et proscrit: Brazoiano et Balaceano mis à mort, les Vacaresco exilés en Chypre, tous victimes des Phanariotes; plus tard, l’hospodar Ghika, décapité pour avoir protesté contre la prise, de la Bukovine par l’Autriche, en 1777, et Vladimiresco, qui, en 1821, renversa les princes étrangers du Phanar, fut pris dans un piège de conférences, et assassiné de la main des aides de camp d’Ypsilanti; jusqu’aux Deux cents de Bucharest qui défendirent l’entrée de la cité, héros de la dernière heure; jusqu’aux libérateurs proscrits de 1848, témoins et reproches vivants de la patrie au milieu des nations étrangères.»
Ce peuple, malgré tant de misères, malgré l’écrasement où le tient la Russie, ressuscitera-t-il? Nous n’en faisons nul doute.