S’il a tendu la machine par la violence naturelle au pouvoir suprême, par l’emploi des étrangers, ignorants de l’esprit russe,—vous aussi vous l’avez tendue en aggravant le sort du serf, en rendant partout nécessaire, pour contenir les révoltés, l’intervention de la puissance impériale. Vous avez donné au trône du tzar ce poids nouveau, effroyable, sous lequel craque la Russie.
Votre situation est forte encore, votre puissance énorme pour le bien et pour le mal. Ce peuple, entre le tzar et vous, vous préférerait. Affranchi, il est livré à une pire servitude, celle des bureaucrates vendus, sans cœur ni honneur. Ce qu’il demande, c’est que, vous associant au véritable élément russe, la commune, vous la protégiez et contre le gouvernement et contre vos agents mêmes. La commune, sous votre abri, s’essayera à la liberté. Écoutez les anciens, les vieillards, respectez les coutumes; faites taire votre intendant devant le starost et les patriarches du lieu. Écartez les gens d’affaires. Rendez les redevances modérées, raisonnables; que l’obrok (redevance fixe), malheureusement moins répandu de nos jours dans la Grande-Russie, devienne universel, remplace les corvées variables, et soit librement consenti.
Le gouvernement local étant ainsi desserré, le gouvernement central sera pour vous un protecteur moins nécessaire. Il vous sentira fort de l’amour des vôtres, et il vous ménagera. Tout ira s’adoucissant par un mouvement gradué, comme sont ceux de la nature.
La Russie, pour sa grandeur, n’a pas besoin de rester un monde dénaturé.
«Revenez à la nature.»
Quand une fois on en sort, une énormité rend nécessaire, indispensable, telle autre, non moins monstrueuse.
Pour ne donner qu’un exemple, votre cancer, la Pologne, demande le Caucase pour écoulement. Et le cancer du Caucase demande sans cesse le sang russe, le sang polonais.
«Revenez à la nature.»
Détendez la rigueur atroce de votre police en la rendant inutile. Elle le sera si le serf vous bénit.
Détendez la rigueur barbare de votre institution militaire. La forme y a détruit le fonds. Elle n’en serait que plus guerrière, si elle n’était tombée sous la pédantesque brutalité de la discipline allemande.