La Russie est conquérante, elle doit l’être, selon la nature, et sa conquête est au Midi.

Consultez le moindre Russe; il n’y en a pas un qui se soucie de l’Ouest. Ce qu’il rêve, c’est le soleil. C’est un peuple méridional de race et d’esprit, qui se trouve malheureusement exilé au Nord. Laissez-le, ce peuple grelottant, venir se chauffer au Midi, descendre aux féconds steppes qui, bien cultivés un jour, vaudront mieux que la Pologne et seront une Italie. La vraie pente de la Russie est vers la mer Noire. Les hommes, comme les fleuves, y descendent d’eux-mêmes; et toutes les fois qu’ils se rapprochent de ce paradis de Crimée, ils croient retrouver la patrie.

Revenant à votre mission légitime et naturelle, la conquête du désert méridional, vous terminerez sans regret une lutte dénaturée. Vous ferez réparation à votre sœur, la Pologne. Vous l’aiderez à se dégager de l’Allemagne, et la referez de vos mains. Elle vous réconciliera avec Dieu et avec l’Europe, et vous rentrerez bénis dans la fraternité humaine.


[7]. Voy. Des Idées révolutionnaires en Russie, par Iscander, 1851.—J’ai déjà signalé à l’attention ce livre héroïque d’un grand patriote russe.


II

Un libre penseur de la Frise, officier sorti de la garde russe, qui nous a donné un livre piquant sur la tyrannie militaire qu’il avait vue et subie, M. Harro-Harring, a pris cette épigraphe: Aussi (je l’ai osé), 1832.

Peu d’années auparavant, un Allemand, le lieutenant Mœrtens, sorti aussi du service russe, auteur d’un petit volume sur les affaires étrangères de la Russie, s’était retiré à Dresde. Qui ne l’eût cru en sûreté au milieu de cette capitale, sous les yeux de l’Allemagne? Il a disparu, cependant, sans laisser trace, et personne n’a pu dire ce qu’il était devenu (1829).

On accuse le gouvernement russe, et il n’en est pas fâché: il spécule sur la terreur.