L’empereur prit cette absolution pour un outrage personnel. Il commença la guerre contre l’Église polonaise.

Le premier acte, sage, du reste, fut une organisation générale de l’instruction publique combinée pour ôter au clergé catholique toute influence sur l’éducation. Le second acte, plus directement agressif, fut la création d’un collège ou tribunal ecclésiastique, pour régler les affaires des Grecs-Uniates (c’est-à-dire, unis à Rome), collège analogue à celui qui gouverne, sous l’empereur, l’Église grecque de Russie. C’était un peuple de trois millions d’âmes, jusque-là soumis au pape, que le tzar réunissait au pontificat moscovite.

Il voulait aller plus avant, empêcher le clergé polonais de correspondre avec le pape autrement que par l’intermédiaire du gouvernement. C’est ce qui jeta ce clergé dans la révolution de 1830.

Chose bizarre! notre révolution de Juillet, faite surtout contre les prêtres et le bigotisme du roi, se trouva, dans ses imitatrices, la Belgique et la Pologne, une révolution de prêtres!

C’est ce qui contribua plus qu’aucune chose à perdre celle de Pologne, premièrement, en lui donnant un général ridicule, un homme du Sacré-Cœur ou de l’Agneau de Dieu, homme suspect, inepte ou perfide, qui ne ménageait que la Russie et ne faisait la guerre qu’aux Polonais patriotes.

La révolution polonaise, dans cette triste direction, s’excusant d’être une révolution, devenant une croisade, se tournait tout naturellement du côté de Rome. Elle attendait du pape un secours moral; elle supposait qu’une bulle armerait le peuple, entraînerait les masses agricoles, soulèverait la terre elle-même. Il faut lire la réponse pitoyable de Rome, et comme elle se retire honteusement derrière les puissances du premier ordre, qui fixeront le sort de la Pologne, à la satisfaction commune des parties!

Satisfaction! Il n’y eut jamais de mot plus cruellement dérisoire! C’était le moment où l’empereur, la voyant abandonnée de Rome et de la France, prenait la résolution—de l’opprimer? non—de la supprimer, de la faire disparaître de la face de la terre.

Voici le plus grand des crimes qu’on ait tentés sur la terre. Qu’on se garde de chercher aucun terme de comparaison.

On a entrepris non seulement de tuer la Pologne, ses lois, sa religion, sa langue, sa littérature, sa civilisation nationale,—mais de tuer les Polonais, de les anéantir comme race, de briser le nerf de la population, en sorte que, si elle subsiste comme troupeau de créatures humaines, elle ait disparu comme population polonaise, comme vitalité et comme énergie.

Moi-même, jusqu’ici, je n’avais pas voulu le croire. Je m’étais toujours obstiné à prendre ce mot: tuer la Pologne, pour une pure hyperbole, une exagération de rhétorique. Cependant, il faut se rendre. J’ai sous les yeux la série (incomplète encore) des ukases impériaux, qui, d’année en année, suivent imperturbablement le plan d’une destruction systématique.