Ce que les femmes furent en 89, à l'immortelle aurore, ce qu'elles furent au midi de 90, à l'heure sainte des Fédérations, de quel cœur elles dressèrent l'autel de l'avenir!—au départ enfin de 92, quand il fallut se l'arracher, ce cœur, et donner tout ce qu'on aimait!... qui pourrait dire cela? Nous avons entrepris ailleurs d'en faire entrevoir quelque chose, mais combien incomplètement!
Pendant les dix années que coûta cette œuvre historique, nous avions essayé dans notre chaire du Collège de France de reprendre et d'approfondir ces grands sujets de l'influence de la femme et de la famille.
En 1848 spécialement, nous indiquions l'initiative que la femme était appelée à prendre dans nos nouvelles circonstances. Nous disions à la République: Vous ne fonderez pas l'État sans une réforme morale de la famille. La famille ébranlée ne se raffermira qu'au foyer du nouvel autel, fondé par la Révolution.
Qu'ont servi tant d'efforts? et que sont devenues ces paroles? où est cet auditoire bienveillant, sympathique?...
Dois-je dire comme le vieux Villon: Où sont les neiges de l'autre an?
Mais les murs au moins s'en souviennent, la salle qui vibra de la puissante voix de Quinet, la voûte où je vis telle parole prophétique de Mickiewicz se graver en lettres de feu...
Oui, je disais aux femmes: Personne plus que vous n'est intéressé dans l'État, puisque personne ne porte plus que vous le poids des malheurs publics.
L'homme donne sa vie et sa sueur. Vous donnez vos enfants.
Qui paye l'impôt du sang? la mère.
C'est elle qui met dans nos affaires la mise la plus forte, le plus terrible enjeu.