—Quel mot, monsieur?
—Celui-ci: Je crois avoir eu le malheur de jouer avec vous à ce jeu appelé les propos discordants.
—Je ne comprends pas, monsieur.
—C'est précisément cela, mademoiselle: vous ne m'avez jamais compris, sans doute parce que je me suis mal expliqué. Je vous aime d'un amour honnête; que dis-je, je vous aime! je vous adore, je ne pense qu'à vous jour et nuit; mais c'est pour le bon motif; dès le premier jour que j'ai eu le bonheur de vous rencontrer, le jour où cette bienheureuse averse m'a permis de causer longuement avec vous, ne vous ai-je pas dit que vous me jugiez mal, que mes apparences vous donnaient, de moi, une opinion fausse; que mes vœux étaient de devenir l'époux fortuné d'une petite femme jolie comme vous, d'avoir des chérubins blonds et jolis comme leur mère? Voilà ce que je vous ai dit et ce que je pensais, voilà ce que je vous répète avec encore plus d'ardeur et de conviction que le premier jour, car maintenant je vous connais, je sais que vous êtes une honnête jeune fille, l'épouse que je cherche, ou plutôt que je ne cherche plus, puisque je l'ai trouvée en vous.
Georgette, devenue grave, lui répondit:
—En effet, monsieur, je n'avais pas compris et il m'était difficile de voir, dans les discours plaisants que vous me teniez, la pensée que vous venez de m'exprimer nettement.
Bengali voulut protester de sa sincérité, elle l'interrompit:—Jusqu'ici, dit-elle, je ne vous avais pas pris au sérieux.
—Et aujourd'hui? s'écria le jeune homme.
—Aujourd'hui, monsieur, vous voyez que je ne ris pas de vos paroles.
—Alors, vous me permettez d'aller vous rendre mes visites?