—Mais... dit Bengali, dérouté... faire demander votre main sans savoir si vous m'aimez....
A ce moment, Georgette eut un mouvement d'effroi:—Monsieur Marocain! s'écria-t-elle.
Et elle entra précipitamment dans sa maison.
Bengali se retourna, aperçut en effet Marocain qui s'était arrêté à la vue du jeune couple et s'éloigna après la disparition de la jeune fille.
IV
PISTACHE
Le portrait de Pistache n'avançait guère, ce dont se réjouissait l'aspirant pharmacien à qui les absences de son artiste procuraient de longues causeries avec mesdames Jujube mère et fille; la première, craignant toujours qu'il ne se lassât des inexactitudes réitérées de son mari et qu'il ne finît par laisser pour compte le portrait commencé, se confondait en excuses, en regrets, en impatiences.
—Oh! oh! madame Jujubès, disait alors Pistache, avec un geste de protestation; je vous en prie, ne parlez pas de ça, vrai, vous me feriez de la peine. Et si Athalie insistait dans le sens de sa mère:—Mais au contraire, mademoiselle, répliquait-il, j'ai tant de plaisir à attendre dans votre société, que ça me donne une physionomie que M. Jujubès attrape tout de suite. Dans les premiers temps il me disait toujours: Souriez! souriez!... A présent, ah! bien, il n'a pas besoin de me demander ça: je pense simplement à nos charmants entretiens et ça suffit pour que je garde ce sourire gracieux que M. Jujubès a si bien attrapé; aussi, il me dit toujours: C'est extraordinaire comme votre physionomie reste aimable; je n'ai jamais eu un modèle pareil à vous....
Et les deux dames de s'extasier sur la gracieuseté, la galanterie, le caractère charmant de notre amoureux jeune homme.