Elle se paye de 10, 20, 30, et jusqu'à 40,000 francs pour un laps de temps qui varie de trois à cinq ans.

Comme il est assez difficile de rédiger le traité qui lie un directeur de spectacle et son chef de claque, cette affaire se fait sur parole, il n'y a pas d'exemple qu'une des parties n'ait pas tenu ses engagements.

Maintenant, comment font les chefs de claque pour s'enrichir, tout en payant une aussi forte redevance? C'est assez difficile à dire.

On peut consulter tous les artistes des deux sexes des théâtres de Paris, ils répondront invariablement:

—Moi, donner un sou à la claque, jamais de la vie, j'aimerais mieux quitter le théâtre!

Il faudrait conclure, de cette unique réponse, que les chefs de claque sont des amateurs déguisés qui se ruinent en faveur de l'art.

Malheureusement cette supposition est tout à fait dénuée de bon sens parce que tous les chefs de claque s'enrichissent.

Auguste, l'ancien chef de l'Opéra, est mort riche. M. David, son successeur, un homme fort distingué et fort connaisseur, passe pour avoir une belle fortune fort honnêtement acquise.

M. Albert, de l'Opéra-Comique, s'est retiré également fort à son aise en laissant, au théâtre, le souvenir de son rire qui éclatait comme la capsule d'un fusil à percussion. Sa retraite a été un chagrin pour les artistes avec lesquels, pendant, trente ans, il avait eu les relations les plus loyales et les plus aimables.

J'en citerais bien d'autres encore, sans en compter cinq ou six qui sont les commanditaires de leurs théâtres.