Il demanda une jeune fille de condition en mariage, les parents de la jeune personne étaient amis des siens, les positions, les dots, les convenances s'équilibraient admirablement; on hésita longtemps, enfin le père de la demoiselle s'expliqua:

—Jamais, au grand jamais, dit-il, moi vivant, je ne laisserai ma chère Hortense épouser un monsieur qui ne sait seulement pas d'où vient le vent.

Tout le département de la Vienne admira la sagesse et l'esprit de conduite de ce père prévoyant.

M. de La Tour-Villiers resta garçon, et vécut un peu retiré malgré son penchant pour le monde, qui ne le prit jamais au sérieux.

Donnait-il son avis en politique, on souriait; exprimait-il son opinion sur un cheval ou sur un coup douteux de bouillotte ou d'échecs, on souriait: quel fond pouvait-on faire sur l'opinion d'un homme qui ne sait pas même d'où vient le vent?

Il échoua au conseil général, plus tard à la députation; il se rabattit sur le conseil municipal et il échoua plus que jamais, parce qu'on est bien trop avisé pour confier les intérêts d'une ville comme Poitiers à un homme qui ne sait même pas d'où vient le vent.

M. de La Tour-Villiers ne se serait jamais douté de la cause de tant de guignon, si un domestique ivre qu'il venait de congédier ne lui avait répondu:

—Ivrogne, moi! eh bien! après... j'aime encore mieux être un ivrogne que d'être comme monsieur, dont tout le monde se moque parce que monsieur ne sait seulement pas d'où vient le vent.

Le maître ne répondit rien, il demeura atterré; un mot lui avait fait comprendre le secret de ses malheurs. Ce fut toute une révélation.