Comme je n'écris pas ici l'histoire de ce gentilhomme, je vais, pour couper au court, raconter en quelques mots sa triste fin.

Il s'exila volontairement et alla habiter à la Basse-côte, sur le bord de la mer, une propriété qu'une de ses tantes lui avait laissée.

Là, il vécut presque seul, lisant tous les livres dans lesquels il supposait trouver la science qui lui manquait, mais aucun livre au monde, même l'Art de s'orienter dans les déserts, par l'abbé Prugnot, ne donne la manière d'apprendre d'où vient le vent.

Quand il eut tout lu, M. de La Tour-Villiers prit un grand parti, il alla questionner un capitaine au long-cours.

—Capitaine, lui demanda-t-il à brûle-pourpoint, en mer, comment faites-vous pour savoir d'où vient le vent?

Le capitaine qui ne pouvait pas supposer qu'un homme grave se voulût moquer de lui, prit dans sa bibliothèque un petit pompon blanc fait de plumes d'eider, et le lui montrant il lui dit:

—On amarre ça au premier endroit venu, le plus léger brin de brise le fait frissonner; vous voyez que ce n'est pas malin, et il ne faut pas avoir inventé la poudre pour s'en servir.

Le questionneur humilié fit semblant de comprendre et se retira plus désolé que jamais.

Il fit une dernière tentative: un matin il pria un vieux matelot de le prendre avec lui dans son bateau pour faire une promenade en mer, moyennant un bon louis d'or. Le marin ne se fit pas tirer l'oreille.