Et l'autre:

—«Monsieur Vernet est le plus honnête des hommes.»

Ils n'avoueraient pas que, séparés, ils sont heureux. Pourtant le mari ne vit complètement que dans son usine. L'invention du téléphone lui a paru un événement immense. D'abord il redoutait de s'aboucher avec l'appareil, disant au premier employé venu:

—«Téléphonez donc pour moi: je n'ai pas le temps.»

Et tandis que l'employé parlait au loin, Monsieur Vernet tournait autour de la cage, ainsi qu'un dompteur déjà mordu, n'osant jamais et se promettant d'oser, un peu fiévreux comme un auteur qui écouterait en lui-même la répétition d'une pièce. Enfin il est entré, et maintenant voilà qu'il regarde l'appareil comme un confident. Ils sont toujours ensemble. Monsieur Vernet lui cause pour causer, et, le soir, l'écho des conversations qu'ils ont eues se répercute encore.

—«Imagine-toi, Blanche, que j'ouvre la cage. J'entre, je dis «Allô»—rien.—«Allô, allô»—rien.—Croirais-tu qu'elle m'a fait attendre la communication vingt-cinq minutes, montre en main!»

Elle! l'Ennemie!

Madame Vernet, les coudes sur la table, le nez dans sa tasse de thé, un petit doigt en accent aigu, répond:

—«Mâtin!»

Elle a couru par les grands magasins toute la soirée: