henri
Quelle charmante femme vous êtes!
Ainsi, ce que je redoute tourne à mon avantage. Si j'insistais, elle trouverait mon bouton joli et qu'une mouche habile l'a posé sur ma lèvre pour le plaisir des yeux. Je ne sais par quel hommage lui prouver ma gratitude, et je m'attrape une fois de plus; je me gourmande durement, car je n'ai eu, cette nuit, à l'égard de cette femme exquise, que des pensées mauvaises.
Réhabilité, j'oublie mon bouton; je donne un gros sou à un mendiant, en ayant l'air de lui dire, comme si je lui faisais une rente perpétuelle:
—«Tiens, mon ami, ne travaille plus, amuse-toi, vis largement!»
Puis j'entreprends l'éloge de Monsieur Vernet et je vante son bonheur.
madame vernet
À propos, j'ai reçu une lettre: il arrive demain avec notre nièce. Vous verrez Marguerite, un enfant, mais un gros enfant. À seize ans, elle est plus grande que moi. Je ne mettrais pas son corset et je ne trouve pas le bout de ses bottines. Il vous faudra jouer avec elle, vous dévouer, redevenir petit garçon. Elle vous donnera des coups de poing, vous fera des bleus, vous posera des questions. Vous me relaierez, car elle me fatigue: impossible de penser à côté d'elle! Il est indispensable qu'elle bavarde, qu'elle lutte à main plate. Sa poupée a plus de raison qu'elle. Je l'aime beaucoup. Elle a bon cœur. Je ne lui reproche que d'être insignifiante. Il me semble qu'à son âge j'avais déjà mes idées à moi. Je tâchais de comprendre la vie, dont elle se moque.
Enfin, si elle vous ennuie trop, ne vous gênez pas, rabrouez-la: c'est une gamine qui ne «tire pas à conséquence».