Elle ne dépense pas dix francs par an à son entretien, et dans les vieilles culottes qu’on passe à Philippe et qu’il use, elle trouve encore de bonnes pièces pour se faire des chaussons tout neufs.
Elle n’a pas adopté le pantalon des femmes ; on ne marche à l’aise que si les cuisses se touchent.
Toujours propre, décente et modeste dans sa tenue, il faut qu’il fasse bien chaud pour qu’elle dénoue et relève sur le cou les brides de son bonnet blanc. C’est presque du libertinage.
Ce qui l’a flattée, un jour qu’elle s’achetait un petit manteau pour une noce, c’est que Tapin, le marchand de nouveautés, ait dit, en lui mettant sur le dos la première jaquette venue :
— Vous êtes bien plaisante à habiller !
Comme Tapin faisait miroiter un caraco de satinette :
— Oh ! non ! non ! dit-elle, c’est trop victorieux pour moi !
— Un homme peut rester au lit quand il est malade, une femme pas. Une femme n’a jamais le temps de s’écouter.
— Une femme doit manger moins qu’un homme.
Jadis, on mêlait des pommes de terre à la farine du pain. Ragotte a mangé de ce pain-là, et elle fait la grimace au souvenir du morceau de pomme de terre froide qu’on sentait tout à coup sous la dent.