Elle a été longue à s’habituer au pain de monsieur, qui est le pain blanc. Elle aime toujours le pain de ménage, et parfois elle fait avec sa cousine, qui cuit encore elle-même, des échanges au goût et au profit de chacune.
Elle est allée, ce matin, au marché de la ville, et elle dit :
— Autrefois, il y avait un boucher ; aujourd’hui, il y en a cinq ! Le monde devient carnassier.
— Autrefois, il fallait courir jusqu’à la ville acheter deux sous de sel. On prenait ses précautions le dimanche. Aujourd’hui, pour notre argent, ils nous apportent tout à la maison.
— Manger ! Est-ce drôle que tout le monde s’enferme dans les maisons, à la même heure, pour faire la même chose !
Ils mangent, Philippe, Ragotte, le Paul, à une petite table où ne peut tenir que la grande écuelle commune.
— Vous êtes bien là, dit Gloriette, serrés coude à coude.
— Oui, madame, répond Ragotte, on se donne appétit les uns aux autres.
— En veux-tu, toi, du pain ? lui demande Philippe.
— Je ne peux pas déjeuner sans ça !