L’inquiétude de Philippe nous gagne tous.

Les enfants même veulent se lever.

Le vétérinaire arrive, examine Brunette et la fait sortir de l’écurie. Elle se cogne au mur et bute contre le pas de la porte. Elle tomberait : il faut la rentrer.

— Elle est bien malade ! dit le vétérinaire.

Nous n’osons pas demander ce qu’elle a.

Il craint une fièvre de lait, fatale aux bonnes laitières, et se rappelant toutes celles qu’il a sauvées et qu’on croyait perdues, il vide une fiole sur les reins de Brunette.

— Ce liquide agira comme vésicatoire, dit-il ; j’ignore sa composition exacte : il vient de Paris. Si le mal ne gagne pas le cerveau, elle s’en tirera toute seule ; sinon, j’emploierai la méthode de l’eau glacée. Elle effraie les ignorants, mais je sais à qui je parle.

— Faites, Monsieur, ce qu’il faut.

Brunette, couchée sur sa paille, peut encore supporter le poids de sa tête. Elle cesse de ruminer, elle retient sa respiration pour mieux entendre se qui se passe au fond d’elle.

On l’enveloppe d’une couverture de laine, parce que les cornes et les oreilles se refroidissent.