— Jusqu’à ce que les oreilles baissent, dit Philippe, il y a de l’espoir.

Elle essaye, en vain de se mettre sur ses jambes. Elle souffle fort, par intervalles, de plus en plus espacés. Brusquement, elle laisse tomber sa tête du côté gauche.

— Ça se gâte, dit Philippe accroupi et murmurant des douceurs.

La tête se relève, se rabat de l’autre côté, frappe le bord de la mangeoire, et le choc sourd nous fait crier : oh !

Nous bordons Brunette de tas de paille, pour qu’elle ne s’assomme pas.

Elle tend le cou et les pattes, elle s’allonge de toute sa longueur, comme au pré, par les temps orageux.

Le vétérinaire se décide à la saigner. Il ne s’approche pas trop. Il est aussi savant qu’un autre, mais il passe pour moins hardi. Aux premiers coups du marteau de bois, la lancette glisse sur la veine. Un coup mieux assuré fait jaillir le sang dans le seau d’étain que d’habitude le lait emplit, deux fois chaque jour, jusque qu’au bord.

Puis, du front à la queue de Brunette, nous appliquons des draps mouillés d’eau des puits et fréquemment renouvelés.

Elle ne frissonne même pas.

Philippe la tient ferme par les cornes et empêche la tête de plomb d’aller battre le flanc gauche.