Tous les matins, elle pleure en tapotant le lit avec la petite fourche usée et jaunie.

— Il aurait été si content de me voir un matelas !

Elle a gardé son réveil-matin, dont elle aime entendre le tic-tac, mais s’il s’arrête, elle n’ose pas le remonter et elle appelle Philippe pour qu’il le remette en vie.

Son ouvrage fini, elle pense à Joseph et ça lui fait mal. Elle y pense trop et ça l’endort. Elle baisse la tête plus bas, un peu plus bas, jusqu’à ce qu’elle la relève avec brusquerie, comme si elle venait de heurter du front la pierre du petit.

L’après-midi, elle s’assied au pied de la croix qui est à l’ombre, devant la porte.

Elle y raccommode, elle y rêve et elle y dort.

Comme le bas de la croix était vermoulu, on l’a scié, et la croix, replantée, se trouve à la taille de Ragotte. Debout, elle pourrait coller son oreille à la niche vide entre les deux bras et dire :

— J’ai cru qu’on me parlait !

Mais, assise, elle semble porter la croix sur son dos et se reposer là, n’en pouvant plus de fatigue et de misère.

Depuis longtemps, elle ne croyait plus à l’enfer, et, depuis la mort du petit Joseph, elle cesse même de croire au paradis.