Poil de Carotte: Maman, cette pièce m'appartenait. Mon parrain me l'avait donnée dimanche. Je la perds; tant pis pour moi. C'est contrariant, mais je me consolerai. D'ailleurs je n'y tenais guère. Une pièce de plus ou de moins!
Madame Lepic: Voyez-vous ça, péroreur! Et je t'écoute moi, bonne femme. Ainsi tu comptes pour rien la peine de ton parrain qui te gâte tant et qui sera furieux?
Poil de Carotte: Imaginons, maman, que j'ai dépensé ma pièce, à mon goût. Fallait-il seulement la surveiller toute ma vie!
Madame Lepic: Assez, grimacier! Tu ne devais ni perdre cette pièce, ni la gaspiller sans permission. Tu ne l'as plus; remplace-la, trouve-la, fabrique-la, arrange-toi. Trotte et ne raisonne pas.
Poil de Carotte: Oui, maman.
Madame Lepic: Et je te défends de dire "oui, maman", de faire l'original; et gare à toi, si je t'entends chantonner, siffler entre tes dents, imiter le charretier sans souci. Ça ne prend jamais avec moi.
II
Poil de Carotte se promène à petits pas dans les allées du jardin. Il gémit. Il cherche un peu et renifle souvent. Quand il sent que sa mère l'observe, il s'immobilise ou se baisse et fouille du bout des doigts l'oseille, le sable fin. Quand il pense que madame Lepic a disparu, il ne cherche plus. Il continue de marcher, pour la forme, le nez en l'air.
Où diable peut-elle être, cette pièce d'argent? Là-haut, sur l'arbre, au creux d'un vieux nid?
Parfois des gens distraits qui ne cherchent rien, trouvent des pièces d'or. On l'a vu. Mais Poil de Carotte se traînerait par terre, userait des genoux et ses ongles, sans ramasser une épingle.