Poil de Carotte comprend que M. Lepic a choisi cette manière de l'inviter. Il se lève aussi, porte sa chaise vers le mur comme toujours, et il suit docilement son père.
D'abord ils marchent silencieux. La question inévitable ne vient pas tout de suite. Poil de Carotte, en son esprit, s'exerce à la deviner et à lui répondre. Il est prêt. Fortement ébranlé, il ne regrette rien. Il a eu dans sa journée une telle émotion qu'il n'en craint pas de plus forte. Et le son de voix même de M. Lepic qui se décide, le rassure.
Monsieur Lepic: Qu'est-ce que tu attends pour m'expliquer ta dernière conduite qui chagrine ta mère?
Poil de Carotte: Mon cher papa, j'ai longtemps hésité mais il faut en finir. Je l'avoue: je n'aime plus maman.
Monsieur Lepic: Ah! A cause de quoi? Depuis quand ?
Poil de Carotte: A cause de tout. Depuis que je la connais.
Monsieur Lepic: Ah! c'est malheureux, mon garçon! Au moins, raconte-moi ce qu'elle t'a fait.
Poil de Carotte: Ce serait long. D'ailleurs, ne t'aperçois-tu de rien?
Monsieur Lepic: Si. J'ai remarqué que tu boudais souvent.
Poil de Carotte: Ça m'exaspère qu'on me dise que je boude. Naturellement, Poil de Carotte ne peut garder une rancune sérieuse. Il boude. Laissez-le. Quand il aura fini, il sortira de son coin, calmé, déridé. Surtout n'ayez pas l'air de vous occuper de lui. C'est sans importance.